Le cheval Bucéphale


On a amené à Philippe, père d'Alexandre, un cheval si rétif qu'aucun écuyer n'arrive à le monter ni le commander; le tout jeune Alexandre prétend s'y prendre mieux.

Alexandre, s'en courant vers le cheval, le prit par la bride et le retourna, la tête vers le soleil, s'étant aperçu, comme je crois, que le cheval se tourmentait à cause qu'il voyait son ombre, laquelle tombait et se remuait devant lui à mesure qu'il se mouvait ; puis en le caressant un peu de la voix et de la main, [...] laissa à la fin tout doucement tomber son manteau à terre et, se soulevant d'un saut extrêmement léger, monta dessus sans aucun danger ; [...] puis quand il vit qu'il eut jeté tout son feu de dépit et qu'il ne demandait plus qu'à courir, alors il lui donna carrière à toute bride en le pressant encore avec une voix plus âpre que son ordinaire et un talonnement des pieds.

Plutarque, vie d'Alexandre, traduction d'Amyot, 6, 5 à 7


Jeunesse d'Alexandre