Le sommeil d'Alexandre


Alexandre, désireux de se reposer le restant de la nuit, rentra dans sa tente. Mais il était incapable de trouver le sommeil ou de souffrir le repos ; [...] enfin, épuisé par son angoisse, il sombra dans un sommeil profond.
Le jour s'était levé et les généraux étaient venus prendre les ordres ; ils étaient stupéfaits du silence inhabituel qui entourait le prétoire (= la tente du général en chef). [...] Ils s'étonnaient qu'à l'instant décisif il ne fût pas réveillé et ils croyaient qu'il ne prenait pas le repos du sommeil mais que la peur l'engourdissait. Cependant aucun des gardes du corps n'osait entrer dans la tente et le temps pressait. [...] Parménion (un général) entre dans la tente ; il l'appelle plusieurs fois et, ne pouvant l'éveiller en lui parlant, il le toucha : "C'est le plein jour", dit-il, [..] "n'est-ce pas toi qui d'habitude réveilles les gardes ? " [...]
Comme Parménion demeurait interdit de ce qu'Alexandre eût dit qu'il avait dormi libre de soucis, "Il n'y a là", dit Alexandre, "rien d'extraordinaire ; quand Darius brûlait le sol, ravageait les bourgs, détruisait les approvisionnements, je n'étais pas maître de moi ; mais maintenant qu'il cherche la décision par la bataille, qu'ai-je à craindre ?"

Quinte-Curce, Histoires, IV, 13, 16-24 passim


Les conquêtes d'Alexandre