Le meurtre de Clitus


Une dispute s'est élevée entre les deux amis, qui devient de plus en plus âpre.

Clitus [...] allait criant qu'Alexandre [...] ne conviât point à venir souper des hommes libres et qui avaient accoutumé de parler franchement, mais qu'il se tînt avec de Barbares esclaves qui adoreraient sa ceinture persane et sa longue cotte blanche. Alors Alexandre ne pouvant plus tenir sa colère [...] chercha son épée. (On la lui retire des mains) Encore ne fléchissait Clitus pour cela, [...] prononçant fort audacieusement et irrévérément ces vers de la tragédie Andromaque du poète Euripide :
Las ! que les moeurs de Grèce se corrompent !
Alors Alexandre, ôtant par force à un de ses gardes la javeline qu'il tenait en sa main, [...] lui en donna tout à travers du corps, dont il tomba tout aussitôt par terre avec un soupir et un cri qu'il jeta.

La colère fut à l'instant même passée à Alexandre ; [...] voyant ses familiers autour de lui qui ne disaient mot, il retira la javeline du corps. [...] Il passa toute la nuit et tout le jour suivant à pleurer amèrement jusqu'à ce que, ne pouvant plus crier ni lamenter, il demeura étourdi tout de son long, jetant seulement de profonds soupirs.

Plutarque, Vie d'Alexandre, traduction d'Amyot, 51, 5 sqq passim


Les conquêtes d'Alexandre