FONDATION D'ALEXANDRIE

Alexandre fonde Alexandrie en 331. Après avoir soumis les villes côtières de la Syrie et de la Palestine, il était arrivé en Égypte dans l'hiver 332-331. Il avait l'intention de visiter les grands sanctuaires de Memphis, située au sud du Delta, et de Thèbes, les deux capitales religieuses, ainsi que Siwa, dans le désert de Lybie où se trouvait un grand sanctuaire d'Ammon, dieu dont Alexandre fut reconnu comme le fils. C'est au cours de ce voyage, le long de la côte, qu'il choisit le site de la future ville, à l'ouest de Canope. Ce choix a donné lieu à des versions différentes, de caractère légendaire et mythique (Pseudo-Callisthène, Le Roman d'Alexandre) ou davantage historique (Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Strabon Géographie universelle, Plutarque, Vie d'Alexandre, Vitruve, De architectura) La côte méditerranéenne, inhospitalière à cause des vents et des courants, n'était guère fréquentée par les marins des pays riverains de la Méditerranée. Les Égyptiens connaissaient les Peuples de la mer (les Crétois) et les Grecs, dont beaucoup s'étaient installés dans le Delta comme commerçants, les pharaons avaient construit une flotte et exercé, avec une fortune diverse, leur domination sur Chypre mais aucun n'avait pensé à établir un port sur cette côte, les rares habitants qui la parcouraient étaient des bergers, dont la vie a été évoquée dans des romans beaucoup plus tardifs (cinq siècles plus tard ! Héliodore, Les Éthiopiques ou Théagène et Chariclée, Achille Tatius, Les Aventures de Leucippe et Clitophon, dont certains épisodes, mettant en scène pâtres et pirates, se passent dans cette région, aride et quasi inhabitée). Alexandre a choisi le site sans doute le plus favorable pour créer, au prix de travaux considérables, un port sûr, au sud-ouest de la branche canopique, la plus occidentale du Delta, dans la partie nord de la bande de terre située entre la Méditerranée et le lac Maréotis (= lac Maryut), où la côte présente des échancrures susceptibles d'offrir un abri et la protection naturelle de l'îlot de Pharos. Il y existait anciennement une petite bourgade nommée Rhakotis (Strabon, Géographie universelle).À ces difficultés de relief s'ajoutait le manque d'eau potable qui entraînera la nécessité de construire des citernes dont il subsiste des restes attestant aussi la grandeur des travaux que l'aridité du site rendait nécessaires. À quelles intentions répondait la création quasi ex nihilo d'une ville en cet endroit? Rappelons d'abord qu'il obéissait à des raisons religieuses : un songe et un prodige lui dictaient l'emplacement et lui annonçaient la destinée future de cette création. Les conseils de personnages compétents, architectes, comme Deinocratès, et ingénieurs, l'ont guidé, mais son génie naturel lui a inspiré le choix définitif.
Outre les raisons religieuses qui sont d'une importance capitale, les Anciens ont donné d'autres causes (Diodore, Strabon, Plutarque, Vitruve) : l'intention de concurrencer les cités commerçantes de la Grèce continentale (Athènes) ou insulaire (Rhodes, Chio), et de prendre la succession des ports des Phéniciens. Dans l'un ou l'autre cas, à ces raisons économiques s'ajoute le désir de prendre l'avantage sur des cités grecques dont il se défie et de châtier les Levantins pour lui avoir opposé une si longue résistance (Tyr, Gaza) Son ambition est de créer une grande cité qui contrôle le trafic commercial dans la mer Égée. L'emplacement présente un double avantage : il est protégé par l'îlot de Pharos qui a séduit Alexandre et il est favorable au transfert des marchandises des transporteurs sur les barques du Nil, dans un sens comme dans l'autre. L'emplacement est particulièrement salubre.


ALEXANDRIE