APERCUS SUR L'HISTOIRE D'ALEXANDRIE DANS L'ANTIQUITÉ

On distingue deux grandes périodes :

1) 331 - 30 av. J.-C. De la fondation à la prise de la ville par les troupes d'Octave et l'annexion de l'Égypte, qui bénéficia d'un statut particulier : pour des raisons politiques et économiques (l'Égypte, terre à blé, nourricière de Rome) le prince l'administra comme sa propriété personnelle.

2) de 30 av. J.-C. à une date qui varie selon les historiens. Ainsi André Bernand prend comme terme l'année 295 ap.J-C., date de la prise et de la ruine de la ville par Dioclétien, non sans quelques allusions à la période qui suit. D'autres vont jusqu'en 395 (partage de l'Empire en deux : Empire d'Occident et Empire d'Orient par Théodose), et même au-delà. Quoi qu'il en soit, quelques années après la mort de Dioclétien, commence un temps, avec Constantin, où le christianisme prend peu à peu le dessus sur le paganisme.

Première grande période : 331-30

Alexandre avait été bien accueilli par les Égyptiens, qui étaient retombés, après soixante années d'émancipation (404-342), sous la dure domination des Perses (342). Il garda le cadre administratif (satrapie) et plaça à sa tête un Grec né en Égypte, Cléomène de Naucratis, assisté de deux égyptiens et d'une armée d'occupation commandée par deux macédoniens. Les tributs exigés du clergé, les taxes frappant le commerce des céréales faillirent ruiner les bonnes relations initiales.
À la mort d'Alexandre (323), ses généraux se partagèrent l'empire. Lagos, lointain cousin du roi, s'attribua l'Égypte, il se débarrassa de Cléomène, et préserva son bien contre ses rivaux. Il le légua à son fils Ptolémée, qui, en 306/305, devint roi, sous le nom de Ptolémée Ier Sôter (305-282), fondant la dynastie des Ptolémées qui régna jusqu'en 31. Il fit d'Alexandrie sa capitale, qui lui doit, ainsi qu'à ses successeurs, son destin de ville-phare de l'époque hellénistique. Il n'est pas question de raconter dans le détail l'histoire d'Alexandrie, encore moins celle de l'Égypte entière. De l'avis même des historiens les plus compétents, l'entreprise est impossible, à tout le moins prématurée. Nous nous contenterons de quelques faits importants. Nous reviendrons cependant plus loin sur le déclin des Ptolémées.(Lagides).

- Les Lagides : ces rois d'origine macédonienne ont régné pendant un peu moins de trois cents ans, s'inscrivant dans la lignée des pharaons, dont ils portent le titre. Certains ont été de grands rois tels Ptolémée Ier Sôter (= sauveur), de 305 à 282, Ptolémée II Philadelphe (= qui aime sa soeur) de 284 à 246, Ptolémée III Evergète (=bienfaiteur) de 246 à 221). On considère cette période de quatre vingts ans comme l'apogée de cette dynastie (L'Égypte est la plus grande puissance militaire de la Méditerranée orientale, Alexandrie la ville la plus importante du monde hellénistique du point de vue économique, architectural, rayonnant sur cette partie du monde dans le domaine de la pensée, des sciences et des arts .Le pays est bien administré, respecté des puissances voisines ; les souverains ont réussi à faire vivre ensemble les Grecs et les Égyptiens. Les femmes (Bérénice Ière, Arsinoé Ière, Arsinoé II), souvent soeurs et épouses des rois, jouent un rôle important. La suite est moins brillante : les souverains n'ont pas la même personnalité que leurs prédécesseurs, quelques-uns sont des personnages médiocres, les querelles, les intrigues de cour, les conflits prennent de l'ampleur, s'achevant parfois par des assassinats, les difficultés intérieures s'accroissent (tension entre les communautés, lourdeur de la fiscalité, troubles dans le pays, turbulence des Alexandrins), affrontements avec le voisin Séleucide, apaisés pour un temps par une alliance matrimoniale (Cléopâtre, soeur d'Antiochos III, roi de Syrie; épouse Ptolémée V (204-180) et devient reine sous le nom de Cléopâtre Ière ; dorénavant toutes les reines s'appelleront Cléopâtre). La dernière du nom, Cléopâtre VII Philopator, la grande Cléopâtre, qui nourrit de grandes ambitions pour son pays, reine de 51 à 30, ne régna vraiment seule qu'à partir de 47 grâce à la protection des Romains (César puis Antoine), jusqu'à sa mort tragique, qui marque la fin de la dynastie des Lagides et de l'indépendance du royaume.

-Particularité de la dynastie des Lagides

L'Égypte est un pays d'une longue tradition d'indépendance, gouvernée par des souverains originaires du pays, les pharaons. Il est arrivé qu'elle subisse une domination étrangère, celle des Perses par exemple, mais jamais vraiment assise sur l'étendue de tout le territoire et elle s'en est libérée. Les Lagides sont aussi des étrangers. Ils ont adopté certaines coutumes des Égyptiens dans le domaine des moeurs (mariages incestueux), dans le domaine religieux (divinisation du roi comme dans la tradition pharaonique). On constate un certain syncrétisme religieux mais ils demeurent attachés à leurs origines. Si les premiers souverains ont réussi à rassembler en certaines circonstances les populations d'origine différente, par exemple dans le culte d'Arsinoé II, soeur et épouse de Ptolémée II, promue au rang de déesse à sa mort, leurs successeurs ont favorisé le plus souvent les Gréco-Macédoniens. Les autochtones étaient écrasés d'impôts et de corvées, soumis aux exactions d'une administration vénale et corrompue, les faveurs du pouvoir étant réservées à la classe dominante.


ALEXANDRIE