L'ART

L'art alexandrin a offert aux spécialistes érudits l'occasion de débattre contradictoirement sur la question de savoir ce qu'était l'art alexandrin et même de poser la question de son existence. On trouvera, dans la conclusion de l'ouvrage d'André Bernand, une réflexion stimulante sur ces questions abordées, dans leur ensemble, c'est à dire en y comprenant la littérature dont nous parlerons à part, par commodité. La distinction s'impose, comme ailleurs, entre les arts majeurs (l'architecture, la sculpture, la peinture) et les arts mineurs : céramique, mosaïque, toreutique (= art de ciseler, de graver, de sculpter sur métal). Le fait a été remarqué : le jugement qu'on porte sur l'art alexandrin est altéré par l'insuffisance en nombre des oeuvres, imputable aux destructions par des causes naturelles et humaines, des monuments et des statues. Il n'est, pour s'en convaincre, que de comparer la place accordée à Alexandrie et à une de ses grandes rivales, Pergame, dans l'ouvrage consacré à la Grèce hellénistique dans l'Univers des Formes. Cet ouvrage, déjà ancien, n'a pu bénéficier des découvertes les plus récentes et ne présente aucun monument, aucune statue vraiment représentatifs de l'art alexandrin, seulement la photographie d'une nécropole, des exemples de peintures, de stèles funéraires, de mosaïques, de céramiques trouvées à Alexandrie, à quoi il convient d'ajouter des oeuvres exportées, découvertes dans des régions lointaines (gobelets en verre peint trouvés à Begram, en Afghanistan, lieu où affluaient les productions du monde hellénistique et de l'Inde).
Cet art possède les caractères communs à cette période et à la période romaine : le goût du grandiose, du colossal, héritier, de ce point de vue, de l'art égyptien. Exemple : cette statue en porphyre, de très grande dimension, considérée comme étant celle d'un empereur du bas Empire, non identifié encore. Ce sont les divinités (Sérapis, Héraclès, le fleuve Nil divinisé) des souverains Lagides, de grands personnages, tels Cléopâtre et Antoine, représentés avec les attributs d'Isis et d'Osiris ou les empereurs (Marc Aurèle) qui ont été honorés par l'érection de leurs statues, retrouvées très amputées ou réduites à l'état de fragments. Même des ex voto, objets d'ordinaire de petite taille -il en existe de tels, en bronze ou en terre cuite- peuvent être de dimension imposante, comme les pieds votifs qui témoignent de la reconnaissance des donateurs pour des bienfaits dont la nature nous échappe souvent.


ALEXANDRIE