la mort de Pompée

Le poète Lucain (39-65 ap. J.-C.) raconte longuement, dans son poème La Pharsale, la mort de Pompée. Celle-ci a été décidée dans un conseil qui s'est tenu à la cour d'Égypte. Le récit de Lucain recoupe, à quelques détails près, celui de Plutarque. Il est plus pathétique et met en évidence le caractère odieux de cet assassinat, l'acharnement des meurtriers. La tête est conservée, le cadavre, arraché à la mer, est incinéré par les soins d'un fidèle. En voici un extrait.

Cependant Magnus (= le grand, surnom de Pompée), sous les coups sonores frappant son dos et sa poitrine, avait conservé la noble dignité de sa beauté auguste; son visage ne marquait que de l'irritation contre les dieux; les derniers instants n'avaient rien altéré de l'expression ni des traits du héros; c'est le témoignage de ceux qui virent sa tête tranchée. Car le cruel Septimius (= un des assassins) invente, dans l'accomplissement même du crime, un crime plus grand encore : il arrache le voile qui couvrait la face auguste de Magnus expirant, il saisit la tête qui palpite encore et place en travers sur un banc de rameur le cou qui s'affaisse. Alors il tranche muscles et veines, il brise les vertèbres, longuement; ce n'était pas encore un art de couper une tête d'un coup circulaire de l'épée. Mais dès que la tête tombe séparée du tronc, le satellite du roi de Pharos (= Ptolémée) revendique le droit de la porter de sa main. Romain dégénéré, soldat bon pour les seconds rôles, ton épée sacrilège tranche l'auguste tête d'un Pompée, pour qu'un autre la porte ? Ô destin de la dernière ignominie ! Pour qu'un enfant impie (=Ptolémée) reconnaisse Magnus, cette chevelure hérissée, objet de la vénération des rois, ornement d'un front généreux, une main la saisit et, sur une lance de Pharos, tandis que la face vit encore et que des râles agitent la bouche en un dernier murmure, tandis que les yeux encore dévoilés se figent, on plante cette tête qui, commandant la guerre, chassait la paix du monde; c'est elle qui agitait les tribunaux, le Champ de Mars, la tribune; c'est sur ces traits, ô Fortune de Rome, que tu te plaisais à te contempler. Ce n'est même pas assez pour l'infâme tyran d'avoir vu ce spectacle, il veut qu'il reste un témoignage du crime. Alors, par un art maudit, on enlève le pus de la tête, on vide la cervelle, on sèche la peau, et, quand on en a épuisé toute l'humeur corrompue, on y verse un suc qui raffermit la face.

Lucain, La Pharsale, VIII, vers 663-691



HISTOIRE DIPLOMATIQUE