Les larmes de César

César en Égypte. Un des assassins de Pompée, pour se concilier les bonnes grâces de César, lui offre la tête du grand homme.

Un satellite du roi, chargé d'un sinistre présent, s'avance en pleine mer : il porte la tête de Pompée couverte d'un voile de Pharos et [par un discours] il fait valoir le crime. À ces mots il découvrit la tête voilée, qu'il présenta. Cette face, éteinte par la mort, n'avait plus le caractère de ses traits connus. Ce n'est pas au premier aspect que César réprouve le présent et qu'il en détourne les yeux. Il y attache ses regards, jusqu'à ce qu'il n'ait plus un doute; dès qu'il a vérifié le crime et qu'il croit pouvoir désormais sans danger montrer la générosité d'un beau-père, il répand des larmes contraintes et fait sortir des plaintes de son coeur satisfait, incapable de déguiser, autrement que par des larmes, les sentiments de joie qu'il a laissé paraître : ainsi, l'atroce bienfait du tyran, il l'annule; il aime mieux pleurer la tête coupée de son gendre qu'avoir à la payer.

Personne n'est dupe des larmes de César ni du discours qui les accompagne ni de sa décision qu'on rende des honneurs solennels à son beau-père.


Ses paroles n'amenèrent personne à joindre ses larmes aux siennes, la foule n'a pu croire à ses plaintes; tous étouffent leurs gémissements, ils dissimulent leurs sentiments sous un front joyeux; ils osent -ô douce liberté !- regarder gaiement le crime impie, alors que César s'en afflige.

Lucain, La Pharsale, IX, v. 1010 1105 passim

Plutarque confirme que César a versé des larmes mais il est extrêmement sobre.



HISTOIRE DIPLOMATIQUE