Première rencontre

Cléopâtre occupe une grande place dans la Vie d'Antoine de Plutarque, qui, d'emblée, dénonce le caractère malfaisant de l'amour que le triumvir conçut pour elle, dès leur première rencontre.

Doué d'un tel caractère (il se laisse prendre aisément aux éloges), Antoine mit le comble à ses maux par l'amour qu'il conçut pour Cléopâtre, amour qui éveilla et déchaîna en lui beaucoup de passions encore cachées et sommeillantes, et qui éteignit et étouffa ce qui pouvait, malgré tout, persister chez lui d'honnête et de salutaire.

Plutarque, Vie d'Antoine, 25, 1



Comment Antoine fut pris par Cléopâtre. Leur rencontre à Tarse.

Alors qu'il entreprenait la guerre contre les Parthes, il lui envoya dire de venir le joindre en Cilicie, où elle devait se justifier des reproches qui lui étaient faits d'avoir donné beaucoup d'argent à Cassius (un des assassins de César) et de l'avoir aidé à soutenir la guerre. Dellius, qui lui fut député, n'eut pas plutôt vu l'aspect de Cléopâtre et reconnu le charme et la finesse de sa parole qu'il sentit aussitôt qu'Antoine ne ferait aucun mal à une pareille femme et qu'elle tiendrait auprès de lui la plus grande place. Il se mit donc à flatter l'Égyptienne et à la pousser, comme dit Homère, "à venir en Cilicie après s'être bien parée" et il l'exhorta à ne pas craindre Antoine, le plus aimable et le plus humain des généraux. Elle crut ce que lui disait Dellius, et, comptant sur le pouvoir de sa beauté [...], elle espéra subjuguer Antoine plus facilement.

Plutarque, Vie d'Antoine, 25, 2 et 3

[...] Elle prépara beaucoup de présents et d'argent, et tout l'apparat dont devait naturellement
se pourvoir une reine qui avait un haut renom et un royaume prospère. Mais c'est surtout en elle-même, en ses charmes et en ses philtres qu'elle plaçait ses principales espérances lorsqu'elle alla trouver Antoine.
Elle recevait beaucoup de lettres de lui et de ses amis qui l'appelaient, mais elle n'en tint pas compte et se moqua à tel point d'Antoine qu'elle se mit à remonter le Cydnus (=un petit fleuve de Cilicie) sur un navire à la poupe d'or, avec des voiles de pourpre déployées et des rames d'argent manoeuvrées au son de la flûte marié à celui des syrinx et des cithares. Elle-même était étendue sous un dais d'or et parée comme les peintres représentent Aphrodite. Des enfants, pareils aux Amours qu'on voit sur les tableaux, debout de chaque côté d'elle, la rafraîchissaient avec des éventails. Pareillement, les plus belles de ses servantes, déguisées en Néréides et en Grâces, étaient les unes au gouvernail, les autres aux cordages. De merveilleuses odeurs exhalées par de nombreux parfums embaumaient les deux rives. Beaucoup de gens accompagnaient le navire de chaque côté de l'embouchure du fleuve, et beaucoup d'autres descendaient de la ville pour jouir du spectacle. La foule qui remplissait la
place publique se précipitant au dehors, Antoine finit par rester seul sur l'estrade où il était assis. Le bruit se répandait partout que c'était Aphrodite qui, pour le bonheur de l'Asie, venait en partie de plaisir chez Dionysos.

Plutarque, Vie d'Antoine, 25, 6, 26, 1-5



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