La soumission d'Antoine à Cléopâtre

Cléopâtre déploya tous les moyens pour "tenir Antoine en tutelle, en ne le quittant ni de jour ni de nuit." Parmi ceux qu'énumère Plutarque, nous citerons celui que lui-même met en valeur.

Un jour qu'Antoine pêchait à la ligne et était contrarié de ne rien prendre en présence de Cléopâtre, il ordonna à des pêcheurs de plonger sans se faire voir et d'accrocher à son hameçon des poissons qu'ils avaient pris auparavant, et ainsi deux ou trois fois il tira sa ligne avec succès, mais l'Égyptienne ne fut pas dupe. Elle feignit d'admirer et rapporta le fait à ses amis en les priant d'assister à la partie de pêche du lendemain. Ils montèrent en grand nombre dans les barques des pêcheurs, et lorsqu'Antoine eut lancé sa ligne, elle commanda à l'un de ses gens de prendre les devants pour plonger et attacher à l'hameçon un poisson salé du Pont. Antoine, persuadé qu'il tenait un poisson, ramena sa ligne, et tout le monde, comme on peut croire, éclata de rire : " Grand général, dit Cléopâtre, laisse-nous la ligne à nous qui régnons sur Pharos et Canope : ta pêche à toi, ce sont des villes, des royaumes, des continents."

Plutarque, Vie d'Antoine, 29, 5-7



HISTOIRE DIPLOMATIQUE