Nunc est bibendum

Maintenant il faut boire, maintenant il faut d'un pied libéré, frapper la terre, maintenant, pour un banquet digne des Saliens, il était temps, camarades, de disposer les coussins des dieux. Avant ce jour, il était sacrilège de tirer le Cécube (un vin renommé) du cellier des aïeux, dans le temps qu'une reine préparait la ruine insensée du Capitole et les funérailles de l'empire ; avec son troupeau malsain d'hommes infâmes et souillés, livrée sans frein à tous les espoirs et ivre des douceurs de la Fortune. Mais, pour rabattre sa folie, un seul de ses vaisseaux, à peine, s'échappa des flammes, et, pour réduire à des terreurs vraies son esprit que transportait le vin maréotique (du lac Maréotis, dans la région d'Alexandrie ; la vigne donnait un vin fameux), César (Octavien), tandis qu'elle volait loin de l'Italie fit force de rame pour fondre sur elle, comme fond l'épervier sur les timides colombes ou, sur le lièvre, le chasseur agile dans les plaines de la neigeuse Hémonie (ancien nom de la Thessalie), et il voulait livrer aux chaînes le monstre élu du Destin. Mais elle, cherchant à mourir plus noblement, n'eut pas devant le glaive une frayeur de femme et ne gagna point, sur sa flotte rapide, l'abri d'une contrée cachée, elle osa regarder d'un visage serein son palais déchu et, sans crainte, manier les serpents irrités pour en boire, de tout son corps, le noir venin, plus intrépide par la volonté de mourir ; oui, elle refusait aux cruels liburnes (navires légers comme ceux des Liburniens, pirates d'Illyrie), femme au coeur haut, l'honneur de la conduire détrônée à l'orgueilleux triomphe.

Horace, Odes, I, 37

N.B. On remarquera qu'Horace mêle des éloges (noblesse et courage de la reine, sérénité devant le destin) aux critiques habituelles, ce qui "rehausse la victoire d'Auguste" (Plessis et Lejay).



La propagande romaine contre Cléopâtre