Le poète Lucain prend maintes fois à partie, en termes très durs, la reine d'Égypte.

Cléopâtre [...] se rend, à l'insu de César, dans le palais émathien, elle l'opprobre de l'Égypte, la fatale Erinys du Latium, dont l'impureté a fait le malheur de Rome. Autant la beauté malfaisante de la Spartiate (Hélène) bouleversa les demeures d'Argos et d'Ilion, autant Cléopâtre aviva les fureurs de l'Hespérie. C'est elle qui fit, avec son sistre,-oserai-je le dire ?-trembler le Capitole ; avec le lâche Canopien, elle marcha contre les enseignes de Rome, comptant sur un retour triomphal en Égypte, avec un César (Auguste) pour captif ; et les gouffres de Leucade (allusion à la bataille d'Actium) ont vu le moment où il était douteux si le monde ne tomberait pas aux mains d'une femme, qui n'était même pas de notre race. Ce qui lui donna cette audace, c'est la première nuit que passa dans le lit de nos chefs l'incestueuse fille des Ptolémées. Qui pourrait ne pas te pardonner, Antoine, ton amour insensé, quand le rude coeur de César a brûlé des mêmes feux ? [...]

Lucain, La Pharsale, X, 58-72



Au cours du banquet qui doit "sceller la réconciliation de Cléopâtre et de son frère époux, au palais d'Alexandrie, en 48" (Schwentzel), Lucain montre Cléopâtre cherchant à séduire César.

Sur les lits ont pris place le roi et la reine, et, plus grande puissance qu'eux, César : Cléopâtre a fardé sans mesure sa beauté malfaisante, peu contente du sceptre qu'elle a et du frère qui est son époux ; couverte des dépouilles de la mer Rouge, sur son cou, dans ses cheveux elle porte des trésors ; le poids de sa parure l'accable ; la blancheur de sa poitrine éclate à travers un voile de Sidon, fait d'un tissu pressé par le peigne des Sères (les Chinois), que l'aiguille du Nil a séparé en desserrant les fils pour élargir l'ouvrage. Alors sur des pieds d'ivoire on a posé des tables rondes en bois des forêts de l'Atlas, telles qu'il ne s'en offrit jamais à la vue de César, même quand il eut vaincu Juba. Quel aveuglement, quel délire d'une vanité insensée, que d'étaler toutes ses richesses devant un chef de guerres civiles, que d'allumer les désirs d'un hôte armé.

Lucain, La Pharsale X, v. 136-149



Lucain lance à plusieurs reprises de très violentes attaques contre la "reine incestueuse". Rappelons à ce propos que l'inceste était dans les moeurs des souverains égyptiens et que les Lagides, des Grecs, en avaient adopté la pratique. Cléopâtre ne faisait que suivre la tradition familiale. Pour les Romains l'inceste était assimilé à une impiété.

(le poète apostrophe le roi enfant Ptolémée XIII)
Dernier rejeton de la souche de Lagos, dégénéré qui dois périr et céder le sceptre à ta s_ur incestueuse []

Lucain, La Pharsale, VIII, v. 692-693

Vainement elle eût tenté l'oreille farouche de César : son expression vient en aide à sa prière, sa figure d'incestueuse achève l'effet de son discours.

Lucain, La Pharsale, X, v. 104-105

Sur les lits ont pris place le roi et la reine, et, plus grande puissance qu'eux, César : Cléopâtre a fardé sans mesure sa beauté malfaisante, peu contente du sceptre qu'elle a et du frère qui est son époux []

Lucain, La Pharsale, X, v. 136-138 (déjà cité)

Extrait d'un message de Photin à Achillas, son complice dans l'assassinat de Pompée, pour le décider à fomenter un soulèvement contre César.
La soeur impie s'unit à son frère car elle est déjà unie au chef Latin, et passant de l'un à l'autre époux, elle possède l'Égypte et achète Rome. Cléopâtre a pu subjuguer un vieillard par ses sortilèges. Compte, malheureux, sur un enfant : après une seule nuit d'union, une fois qu'il aura subi ses étreintes incestueuses, cet amour obscène, il lui donnera en cadeaux, sans doute et ma tête et la tienne, chacune pour un baiser [...].

Lucain, La Pharsale, v. 356-365


La propagande romaine contre Cléopâtre