Insatiabilité, ambition, absence de scrupule, impiété de Cléopâtre

Son ardeur pour les richesses était si grande qu'il n'y avait rien qu'elle ne pensait être permis pour les acquérir. Son ambition était si démesurée qu'elle fit emprisonner son frère, âgé de quinze ans, à qui le royaume appartenait, et obtint d'Antoine de faire tuer Arsinoé, sa soeur, alors qu'elle était à Éphèse, en prière dans le sanctuaire d'Artémis. Elle ne craignait pas de violer la sainteté des temples, des tombeaux et des asiles quand elle espérait pouvoir en tirer de l'argent. Elle ne se faisait aucun scrupule de commettre des sacrilèges quand ils lui étaient utiles. Elle ne voyait aucune différence entre ce qui était sacré et ce qui était profane, quand il s'agissait de son intérêt. Elle n'avait aucun mal à fouler aux pieds la justice, si elle pouvait en tirer quelque avantage. Et tous les trésors de la terre n'auraient pu suffire pour satisfaire cette reine somptueuse et voluptueuse.

Flavius Josèphe, cité par C.-G. Schwentzel



Cette ambitieuse et avare princesse, après avoir si cruellement persécuté ceux de son sang qu'il n'en restait plus un seul en vie, tourna sa fureur contre les étrangers. Elle calomniait auprès d'Antoine les plus qualifiés d'entre eux et le portait à les faire mourir afin de profiter de leurs dépouilles.
Flavius Josèphe, Guerre des Juifs (cité par Édith Flammarion)

N.B. L'hostilité de Flavius Josèphe s'explique peut-être parce que Cléopâtre fut une ennemie d'Hérode, roi des Juifs. Elle avait demandé -en vain- à Antoine de lui permettre d'annexer la Palestine à son royaume.


Cléopâtre avait hérité deux perles des derniers rois de l'Orient

Au temps où Antoine se gavait journellement de mets choisis, Cléopâtre, avec le dédain à la fois hautain et provoquant d'une courtisane couronnée, dénigrait toute la somptuosité de ces apprêts. Il lui demanda ce qui pouvait être ajouté à la magnificence de sa table ; elle répondit qu'en un seul dîner elle engloutirait dix millions de sesterces. Antoine était désireux d'apprendre comment, sans croire la chose possible. Ils firent donc un pari ; le lendemain, jour de la décision, elle fit servir à Antoine un dîner d'ailleurs somptueux -il ne fallait pas que ce jour fût perdu- mais ordinaire. Antoine se moquait et demandait le compte des dépenses. Ce n'était, assura-t-elle, qu'un à côté ; le dîner coûterait le prix fixé et seule elle mangerait les dix millions de sesterces. Elle ordonna d'apporter le second service. Suivant ses instructions, les serviteurs ne placèrent devant elle qu'un vase rempli d'un vinaigre dont la violente acidité dissout les perles. Elle portait à ses oreilles les bijoux extraordinaires, ce chef-d'oeuvre de la nature vraiment unique. Alors qu'Antoine se demandait ce qu'elle allait faire, elle détacha l'une des perles, la plongea dans le liquide et, lorsqu'elle fut dissoute, l'avala. Elle se disposait à engloutir l'autre de la même façon ; L. Plancus, arbitre de ce pari, mit le holà et prononça qu'Antoine était le vaincu, présage qui s'est accompli. La célébrité ne fait pas défaut à la perle jumelle ; après la capture de cette reine, sortie victorieuse d'un débat si considérable, elle fut sciée, pour que la moitié de leur dîner devînt deux pendants d'oreille pour la Vénus du Panthéon, à Rome.

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, cité par Édith Flammarion


Ultime tentative pour échapper à son destin

Elle avait donc préparé [pour séduire Octave] un appartement splendide et une couche somptueuse ; elle s'était préparée avec une certaine négligence et (comble du raffinement) ses habits de deuil rehaussaient son éclat.

Dion Cassius, 51


La propagande romaine contre Cléopâtre