délabrement des ruines de l'antique Alexandrie

Nombreux furent les voyageurs français qui visitèrent Alexandrie à la fin du XVIIIe siécle et dans le courant du XIXe siècle. Ils témoignent, comme Volney, du pittoresque de la ville arabe et du délabrement des ruines de l'antique Alexandrie dont le nom "rappelle le génie d'un homme si étonnant" (Volney)

Un spectacle qui bientôt attire toute son attention (=celle du voyageur), ce sont les vastes ruines qu'il aperçoit du côté de la terre. Dans nos contrées, les ruines sont un objet de curiosité : à peine trouve-t-on, aux lieux écartés, quelque vieux château dont le délabrement annonce plutôt la désertion du maître, que la misère du lieu. Dans Alexandrie, au contraire, à peine sort-on de la ville neuve dans le continent, que l'on est frappé de l'aspect d'un vaste terrain tout couvert de ruines. Pendant deux heures de marche, on suit une double ligne de murs et de tours, qui formaient l'enceinte de l'ancienne Alexandrie. La terre est couverte des. débris de leurs sommets ; des pans entiers sont écroulés, les voûtes enfoncées, les créneaux dégradés, et les pierres rongés par le salpêtre. On parcourt un vaste intérieur sillonné de fouilles, percé de puits, distribué par des murs à demi enfouis, semé de quelques colonnes anciennes, de tombeaux modernes, de palmiers, de nopals (= espèce de cactus appelée communément figuiers de l'Inde ou figuiers de Barbarie), et où l'on ne trouve de vivant, que des chacals, des éperviers et des hiboux. Les habitants, accoutumés à ce spectacle, n'en reçoivent aucune impression ; mais l'étranger , en qui les souvenirs qu'il rappelle s'exaltent par l'effet de la nouveauté, éprouve une émotion qui souvent passe jusqu'aux larmes, et qui donne lieu à des réflexions dont la tristesse attache autant le coeur que leur majesté élève l'âme.

Volney, Voyage en Syrie et en Égypte

N;B. L'ouvrage a été publié en 1787. André Bernand cite d'autres passages de l'oeuvre. Le lecteur curieux pourra s'y reporter, pages 105-106.



PRÉSENTATION D'ALEXANDRIE