le pays des pasteurs

De l'histoire de la région d'Alexandrie avant la création de la ville, nous ne savons rien si ce n'est qu'elle était habitée par une population sauvage, les Boukoloi (=les Bergers) dont une des activités principales était la piraterie (on sait par ailleurs quelle place la piraterie a tenue dans l'histoire de la Méditerranée, à toutes les époques). C'est dans ce cadre que des romanciers tardifs, tels Héliodore (IIIe ou IVe siècle) et Achille Tatios (Ve ou VIe siècles) ont placé certains épisode. de leur oeuvre.


"Voici comment était ce lac : toute cette région est appelée par les Égyptiens "le pays des pasteurs" ; c'est une cuvette naturelle, qui reçoit une partie des crues du Nil et se transforme en lac, d'une profondeur considérable en son milieu, mais qui sur les bords, finit en formant une plaine marécageuse. Ce que sont, pour la mer, les grèves, ces marais le sont au lac en question. . c'est là que tous les brigands d'Égypte ont leur cité : l'un, sur un coin de terre, s'il en émerge un peu au-dessus de l'eau, a planté une cabane ; l'autre vit sur une barque, qui lui sert à la fois à se transporter et à habiter ; c'est sur ces barques que leurs femmes filent la laine, sur les barques qu'elles accouchent. Lorsqu'il naît un enfant, d'abord on le nourrit avec le lait de sa mère, puis avec des poissons du lac séchés au soleil. Lorsqu'on s'aperçoit qu'ils ont envie de ramper, on leur attache aux chevilles une corde juste assez longue pour leur permettre d'aller jusqu'au bord de la barque ou à l'extrémité de la cabane - nouvelle manière de donner la main aux enfants que de leur attacher ainsi le pied.

Plus d'un pasteur est né sur ce lac, y a été élevé de cette façon et le considère comme sa patrie. Ce lac fournit au brigand une retraite sûre ; c'est pourquoi les gens de cette profession affluent tous vers ce lac, qui leur sert de rempart, et les roseaux, qui croissent en grand nombre dans les marais, forment comme une palissade avancée. Ils ont aménagé des sentiers sinueux qui forment de nombreux méandres : pour eux, ils ne présentent aucune difficulté, parce qu'ils les connaissent, mais les autres ne peuvent s'en tirer ; et, par ce moyen, ils se sont assuré une protection très efficace qui les empêche d'avoir rien à craindre d'une attaque. Voilà ce qu'il en est du lac et des pasteurs qui y habitent."

Héliodore, Les Éthiopiques ou Histoire de Théagène et Chariclée I, 5,
Traduction de Pierre Grimal, Romans grecs, Gallimard


FONDATION D'ALEXANDRIE