Description des Boukoloi et de leur genre de vie

De l'histoire de la région d'Alexandrie avant la création de la ville, nous ne savons rien si ce n'est qu'elle était habitée par une population sauvage, les Boukoloi (=les Bergers) dont une des activités principales était la piraterie (on sait par ailleurs quelle place la piraterie a tenue dans l'histoire de la Méditerranée, à toutes les époques). C'est dans ce cadre que des romanciers tardifs, tels Héliodore (IIIe ou IVe siècle) et Achille Tatios (Ve ou VIe siècles) ont placé certains épisode. de leur oeuvre.

[...] Partout apparaissaient des hommes sauvages, tous de grande taille, la peau noire, non pas d'un noir complet, comme les Indiens, mais à la façon des Éthiopiens, la tête rasée, les pieds petits et le corps massif. Et tous parlaient une langue barbare.

Achille Tatios, Leucippé et Clitophon, III, 9
Traduction de Pierre Grimal, Romans grecs, Gallimard

Autour des territoires habités de la sorte par les bouviers il y a toujours beaucoup d'eau stagnante ; lorsque toutes les terres sont recouvertes par le fleuve, il se forme des lacs qui, même lorsque le Nil se retire, n'en persistent pas moins et conservent de l'eau, ainsi que la boue formée par celle-ci. Et les bouviers vont à pied à travers ces lacs, ou en bateau, mais il ne peut y naviguer que des bateaux contenant une seule personne ; car tout bateau étranger au pays s'enlise dans la vase. Leurs bateaux sont petits et légers et il leur suffit de peu d'eau ; si, finalement, il n'y a plus d'eau du tout, les bateliers chargent leur bateau sur le dos et le portent jusqu'à ce qu'ils retrouvent de l'eau. Dans ces lacs se trouvent, au milieu, quelques îles disséminées. Certaines n'ont aucune maison, mais sont plantées de papyrus ; les plantations de papyrus sont espacées juste de façon à laisser entre elles la place d'un homme debout. Par- dessus les faibles intervalles laissés ainsi entre les rangées, les feuilles de papyrus forment une couverture continue. Les bouviers s'y réfugient, y préparent leurs coups, s'y mettent en embuscade et s'y dissimulent, en se servant de papyrus comme abris. Il existe aussi des îles qui ont des cabanes et elles ont l'air de villes improvisées protégées par les eaux du fleuve. Ce sont les refuges des bouviers.

Achille Tatius Leucippé et Clitophon, IV, 12

La manière dont les bouviers combattent une armée régulière lancée contre eux

Il y avait des guetteurs, à quelque distance, pour suivre les événements, et, en les plaçant, les bouviers leur avaient donné comme mission, s'ils voyaient l'ennemi en train de traverser, d'abattre les digues du fleuve et de lâcher toute l'eau contre les adversaires. Les canaux formés par le Nil présentent en effet la disposition suivante : à chaque fossé, les Égyptiens construisent une digue, afin que le Nil ne déborde pas avant le moment où on en a besoin et n'inonde pas les terres ; et lorsqu'ils veulent irriguer le sol, ils ouvrent un peu la digue, jusqu'à ce que la terre forme un marécage. Or, il y avait, derrière le village, une dérivation du fleuve, formant un canal long et large ; c'est là que les hommes à qui en avait été confiée la mission, lorsqu'ils virent l'ennemi avancer, démolirent rapidement la digue.
[Le désordre se met dans les rangs des soldats attaqués de toute part, ils sont massacrés, se noient dans les profondeurs du lac ou s'enlisent] C'était un désastre sans précédent : tant de naufrages, et pas un navire! Deux choses étaient extraordinaires, contraires à toute attente : un combat d'infanterie dans l'eau, un naufrage sur la terre.

Achille Tatius, Leucippé et Clitophon, IV, 14


FONDATION D'ALEXANDRIE