Quelques épigrammes de Callimaque

Une épigramme funéraire (II)

On m'a dit ton destin, Héracleitos, et j'ai pleuré ; je me suis souvenu : combien de fois, tous les deux, à causer, nous avons couché le soleil ! Ainsi, mon hôte d'Halicarnasse, et depuis un long temps, tu n'es plus que cendre. Mais ils vivent, tes chants de rossignol, et sur eux Hadès, qui tout ravit, ne portera pas la main.

N.B. Selon Diogène Laerce, Héracleitos était un poète d'élégie. Il ne reste rien de son oeuvre.



Un ex-voto qui parle, (V)

J'étais jadis, déesse du Zéphyrion (= un promontoire à l'est d'Alexandrie), une coquille de la mer ; maintenant, Cypris, tu as en moi la prime offrande de Sélénaia, un nautile. Sur mer, je voguais, tantôt, quand soufflent les vents, tendant ma voile à mes propres cordages, tantôt, quand c'est la bonace, la riante déesse, ramant avec mes pieds, de ma force ramassée ; ainsi mon nom s'accorde à mes façons. Tant qu'enfin j'échouai aux rivages d'Ioulis, pour de là, bibelot qu'on admire, orner ton temple, Arsinoé (= Arsinoé Philadelphe. Le temple était consacré aussi à Aphrodite. Les deux personnes étant confondues en une seule divinité) ; et dans la conque sans vie que je suis, on ne verra plus, comme hier, l'alcyon, hôte des demeures humides, mettre au jour ses oeufs. À la fille de Clinias, déesse, accorde ta faveur ; elle sait la vertu ; elle est de Smyrne en Éolide.


Une épigramme funéraire (XIII)

Est-ce ici que repose Charidas ? -" Si tu veux parler du fils d'Arimnas de Cyrène, oui, c'est ici." -O Charidas, qu'en est-il, des choses de sous terre ? -" Ténèbres épaisses." - En revient-on ? -"Mensonge." - et Pluton ? -" Une fable." - Malheur ! - " Tel est mon dire, mon dire sincère ; si tu en veux un pour te plaire, voici : pour un "boeuf" de Pella (= pièce de monnaie de la ville de Pella, en Macédoine, représentant un boeuf, de très peu de valeur), on en a un vrai chez Hadès."


Une épitaphe funéraire (XIX)

Un enfant de douze ans ! Son père l'a mis ici dans la tombe, Nicotélès, tout son espoir !


Un autre épitaphe funéraire (XXVI)

J'ai vécu, de mes faibles moyens, mon humble vie, sans jamais faire le mal, sans nuire à
quiconque. Terre amie, si jamais Micyle approuva l'injustice, ah, ne lui sois pas légère, et légers ne lui soyez pas, vous tous, Dieux, qui me tenez !


Une épigramme en l'honneur d'Aratos, le poète des Phénomènes

C'est la poésie, c'est la manière d'Hésiode ; non, le poète de Soles (ville de Cilicie) n'a pas suivi le moindre des Aèdes, et j'ose dire qu'il s'est modelé sur ce qu'il y a de plus charmant dans l'Épique. Salut, couplets subtils, fruit des veilles et des efforts d'Aratos.


Confidence personnelle

Le chasseur, Épicyclès, sur la montagne, se plaît dans le gel et la neige, il cherche à la trace lièvres et chevreuils. Et qu'on lui dise : " Là, tiens une bête de tuée! " il ne la ramasse même pas. Ainsi va mon amour ; qui fuit, il court après ; qui est là, à sa prise, il passe à côté.


Dédicace d'une statue de Bérénice, femme de Ptolémée Évergète (LI).

Elles sont quatre, les Charites. Car, aux trois qu'elles étaient, une autre vient s'adjoindre, toute humide encore de parfums ; c'est l'heureuse Bérénice, c'est la merveille sans qui les Charites ne sont pas les Charites.

N.B. "On faisait des onctions aux statues. Et la passion de Bérénice était connue pour les parfums d'Orient" (note de l'édition de la collection des Universités de France)


LA LITTÉRATURE