Théocrite, Les Syracusaines

Cette pièce présente des personnages pittoresques, elle est aussi une illustration pleine de verve de la vie à Alexandrie, du tumulte de la rue.
Dans la première partie déjà, Gorgo, qui est venue chercher son amie Praxinoa, pour se rendre au palais royal, "chez l'opulent Ptolémée", y fait allusion.

Gorgo - Faut-il que je sois folle ! C'est tout juste si, pour venir chez vous, Praxinoa, je me suis tirée vivante de cette masse de gens et de voitures. Partout des hommes bottés, des hommes en chlamyde (= court manteau militaire). Et le chemin interminable ! Tu vas te loger toujours plus loin.
Vers 4-7

Deuxième partie : dans les rues.

Praxinoa. - Que de monde ! Où et quand faut-il traverser cette cohue ? Des fourmis sans nombre et sans fin ! Vraiment, Ptolémée, tu as fait beaucoup de belles choses depuis que ton père est au rang des dieux ; plus de fripon qui vexe le passant en se faufilant à l'égyptienne, comme autrefois les gens s'en faisaient un jeu, des fripons renforcés, tous taillés sur le même patron, méchants farceurs, rien que du mauvais fruit. Gorgo, chère amie, qu'allons-nous devenir ? Les chevaux d'armes du roi ! Ami, ne m'écrase pas ! L'alezan se cabre tout droit ; vois comme il est furieux. Effrontée d'Eunoa (=c'est la servante de Praxinoa), tu ne te sauveras pas ? Il va tuer celui qui le mène. Quel bonheur que le petit soit resté à la maison !

Gorgo.-Rassure-toi, Praxinoa. Nous sommes déjà dépassées; ils sont allés prendre leur place.

Praxinoa.- Et moi, je commence à me remettre. Le cheval et le froid serpent, c'est ce que je redoute le plus, depuis l'enfance. Dépêchons-nous. Un flot de monde nous arrive sur le dos.

Gorgo (à une vieille femme qu'elle croise).- Tu reviens du palais, bonne mère ?

La vieille.- Oui, mes enfants.

Gorgo.- Et alors, on entre facilement ?

La vieille.- À force d'essayer, les Achéens ont pénétré dans Troie, mes toutes belles ; en essayant, on vient à bout de tout. (elle s'éloigne).

Gorgo - La vieille a disparu après avoir rendu des oracles.

Praxinoa.- Les femmes savent tout, même comment Zeus a épousé Héra.

Gorgo (les femmes sont arrivées à l'entrée de la résidence royale). - Vois, Praxinoa : autour des portes, quelle foule !

Praxinoa.- Prodigieuse. Gorgo, donne-moi la main. Et toi, Eunoa, prends celle d'Eutychis (=uneservante de Gorgo). Fais bien attention, tu m'entends ? Ne va pas te perdre. Entrons toutes ensemble. Tiens-toi collée à nous, Eunoa. Ah malheur ! voilà mon écharpe en deux morceaux, Gorgo. Par Zeus, si tu dois être heureux, brave homme, prends garde à mon manteau.

L'homme.- Cela ne dépend pas de moi. Pourtant, je prendrai garde.

Praxinoa.- Ce qu'on est serré ! On se pousse comme des porcs.

L'homme.- Courage, femme, nous voilà en sûreté.

Praxinoa.- Puisses-tu l'être, en sûreté, toute l'année et encore après, ami, qui est si gentil avec nous. L'excellent homme, l'homme compatissant ! On écrase notre Eunoa. Vas-y, poltronne !
Pousse de toutes tes forces ! Parfait. "Toutes entrées", comme dit celui qui a mis sous clef la mariée (allusion peu claire à un épisode des fêtes de mariage).
Vers 44-77

Troisième partie : au palais royal.

Entrées, les femmes admirent la finesse et la beauté des tapisseries qui décorent le palais. Elles se prennent de bec avec un bourru qui les prend à partie pour leur bavardage, elles entendent une artiste professionnelle chanter un hymne en l'honneur d'Adonis. Occasion d'évoquer le luxe de la cité et de rendre hommage à Bérénice, la mère de Ptolémée Philadelphe et de la reine, sa soeur, Arsinoé.

Cypris Dionéenne (= fille de Dioné. Dioné, selon une tradition, serait la mère d'Aphrodite), de mortelle qu'était Bérénice tu l'as faite immortelle, à ce que content les hommes, en versant goutte à goutte l'ambroisie dans son sein de femme ; et pour te remercier, déesse aux nombreux noms et aux temples nombreux, la fille de Bérénice qui ressemble à Hélène, Arsinoé, choie Adonis et le comble de dons.
Vers 106-111



LA LITTÉRATURE