Une bonne aubaine en temps de disette....

"Je rentrais au croiseur [...] lorsque, prenant pitié de mon isolement, un dieu met sur ma route un énorme dix-cors qui, du pâtis des bois, descendait boire au fleuve, car il sentait déjà la force du soleil. Comme il longeait la berge, au bord de la forêt, je le frappe en plein dos du bronze de ma pique : percé de part en part, il s'effondre, en bramant, roule dans la poussière et son âme s'envole.

(Ulysse, non sans mal, ramène l'énorme bête jusqu'au vaisseau)

Je m'en viens la jeter sous le flanc du vaisseau, puis je réveille mes gens. Je vais de l'un à l'autre, et du ton le plus doux : "Malgré tous nos chagrins, non! ce n'est pas encore aujourd'hui, mes amis, qu'il nous faudra descendre aux maisons de l'Hadès ! pour nous, le jour du sort n'est pas encore venu ! Debout ! sur le croiseur, tant qu'il nous restera de quoi manger et boire, songeons à nous nourrir : pourquoi mourir de faim ?"

Je disais. Mon discours aussitôt les décide : ils découvrent leurs fronts et lorsque, sur le bord de la mer inféconde, le cerf leur apparaît, ils restent ébahis : c'était vraiment un monstre !...Quand, de cette merveille, ils ont empli leurs yeux, on se lave les mains, on se met aux apprêts d'un repas magnifique et, durant tout le jour, jusqu'au soleil couchant, nous restons au festin : on avait du bon vin, des viandes à foison ! "

Homère, Odyssée, X, v.156-186


Les Provisions chez les Grecs