Un soir à la campagne à l'automne

Car rien n'est plus agréable, une fois les semailles faites, que de voir le dieu bruiner et d'entendre un voisin vous dire : "Dis-moi, qu'allons-nous faire à cette heure, Comarchidès ? J'aimerais bien, moi, boire mon soûl, pendant que le dieu nous fait du bien. Allons, femme, fais griller trois chénices (1) de haricots, mêles-y des grains de froment et sors-nous des figues. [...] Et que de chez moi on apporte la grive et deux pinsons. Il y avait aussi du petit lait au logis et quatre morceaux de lièvre ; à moins que la belette n'en ait emporté hier soir ; car il y avait là dedans je ne sais quel bruit et quel remue-ménage. Apportes-en, garçon, trois pour nous et donnes-en un au père. Demande à Eschinadès des myrtes, des branches avec leurs baies, et qu'en passant l'on crie à Charinadès de venir boire une rasade avec nous, puisque le dieu nous est propice et se rend utile à nos labours."

(1). Le chénice vaut à peu près un litre (ration quotidienne pour un homme).

Aristophane, Paix, v.1140-1162


Les Provisions chez les Grecs