Un repas frugal

Stella, Nepos, Canius, Cerialis, Flaccus, venez-vous ? Ma salle à manger comporte sept places : nous sommes six, ajoutez Lupus. Mon intendante m'a apporté des mauves laxatives et les richesses variées dont se pare mon jardin : par exemple la laitue aplatie et le poireau à sectionner en tranches, sans oublier la menthe flatueuse, ni l'herbe qui porte à l'amour (= la roquette). Des oeufs coupés menu couronneront des anchois sur un lit de rue ; et il y aura des tétines de truie relevées par de la saumure de thon. Voilà pour les hors-d'oeuvre. Mon modeste repas ne comprendra qu'un service : un chevreau soustrait à la dent d'un loup féroce (1) ; des côtelettes grillées qui n'ont pas besoin du fer du découpeur, des fèves, nourriture d'artisans, et de jeunes choux-verts. À cela s'ajoutera un poulet ainsi que du jambon qui a déjà survécu à trois repas. Quand vous n'aurez plus faim, je vous servirai des fruits mûrs, un flacon de vin de Nomentum débarrassé de sa lie et qui atteignit deux fois trois ans sous le consulat de Frontin. Comptez en outre des plaisanteries sans fiel, une franchise qui ne vous effraiera pas au matin suivant et pas une parole que vous voudriez n'avoir point lâchée.

(1) endommagé par la dent du loup et par suite moins coûteux

Martial, Épigrammes, X, 48


Les repas de tous les jours : leur déroulement chez les Romains