Qu'on était sobre au temps de la république !

Curius cueillait ses légumes et les faisait cuire lui-même sur son chétif foyer. Aujourd'hui, sous ses entraves, un fossoyeur malpropre n'en voudrait pas : c'est qu'il se rappelle la saveur d'une vulve de truie dans une taverne bien chaude. Un dos de porc séché, suspendu à une claie à larges entrelacis, voilà ce qu'autrefois on servait aux jours de fête, avec, aux anniversaires, un morceau de lard pour les proches et un peu de viande fraîche, s'il en restait de la victime immolée. Quelque cousin, trois fois consul, général d'armée, ancien dictateur, arrivait à ce repas avant l'heure habituelle, portant sur l'épaule la bêche qui lui avait servi à dompter la glèbe de la montagne. Quand chacun craignait les Fabius, le rude Caton, les Scaurus, les Fabricius, quand le censeur lui-même redoutait la sévérité de son collègue, personne ne considérait comme chose sérieuse et d'importance de savoir quelle tortue, nageant dans les flots de l'Océan, décorerait un lit superbe et prestigieux pour les descendants des Troyens. Les lits étroits offraient leurs flancs sans ornements ; à leur chevet d'airain, on voyait la tête grossière d'un âne couronné autour de laquelle folâtraient gaiement de rustiques enfants.

Juvénal, Satires, XI, v. 78-98


Les repas de tous les jours : leur déroulement chez les Romains