Quelques lois somptuaires...

La première de toutes les lois sur la table proposées au peuple est la loi Orchia. [...] En raison de sa longueur je laisse de côté le texte mais le principe général était d'imposer une limite au nombre des convives. Il s'agit de cette loi Orchia à propos de laquelle Caton fulminait bientôt dans ses discours, parce que l'on invitait un nombre de convives supérieur à la limite prescrite dans les dispositions de la loi.[...] Vingt-deux ans après la loi Orchia fut promulguée la loi Fannia, en l'an 558 de la fondation de Rome. [...] Sur cette loi, voici le témoignage de Sammonicus Serenus : "La loi Fannia [...] fut portée devant le peuple avec l'assentiment général de tous les ordres et ce ne sont pas les préteurs ou les tribuns, comme la plupart des autres lois, mais, sur le conseil et l'avis de tous les gens de bien, les consuls en personne qui la firent passer, parce que le luxe des banquets faisait subir à la République des dommages plus grands qu'on ne pourrait imaginer, s'il est vrai que l'on en était arrivé à une situation telle que, pour le plaisir du palais, la plupart des jeunes gens de naissance libre vendaient leur vertu et leur liberté et que la plus grande partie des Romains issus de la plèbe se rendaient au Comitium imprégnés de vin et, ivres, prenaient des mesures dont dépendait le salut de l'État." Quant à la loi Fannia, elle était plus sévère que la loi Orchia en ce que [...] <elle> imposa même, pour les dépenses une limite, fixée à cent as.

[...] À la loi Fannia succéda, dix-huit ans après, la loi Didia [...] Après la loi Didia intervint la loi Licinia [...] Le texte de la loi Licinia, en substance, limitait à trente as par personne et par jour les dépenses alimentaires, à la date des calendes, des nones et des jours de marché ; quant aux autres jours non expressément cités il était interdit de servir à table plus de trois livres de viande sèche, plus d'une livre de salaison, avec des produits de la terre, de la vigne ou des arbres.

Viennent ensuite une loi proposée par Sylla, puis une autre proposée par le consul Lépide et une par le tribun de la plèbe C. Antius Restio ; voici quel fut le sort de cette loi :

Il s'agissait d'une loi excellente mais la persévérance du luxe et l'inébranlable conspiration des vices lui ôtèrent toute efficacité sans qu'elle fût abrogée. On rapporte pourtant, à propos de Restio,[...] un détail qui mérite d'être retenu : durant toute sa vie il ne dîna jamais hors de chez lui, pour ne pas être témoin du mépris où était tenue une loi qu'il avait fait adopter pour le bien public.

Parmi ces lois je compterais l'édit somptuaire proposé par Antoine, qui fut plus tard triumvir, si je ne trouvais malséant de ranger Antoine parmi ceux qui restreignaient les dépenses....

Macrobe, Saturnales, III, XVII, 2-14 passim


Les repas de tous les jours : leur déroulement chez les Romains