Frugalité à la campagne

J'ai vu moi-même cet Ofellus user de ses biens encore intacts avec autant de modération qu'il fait aujourd'hui du peu qui lui reste. On peut le voir avec son bétail et ses enfants devenu, dans son petit domaine mesuré pour un autre(1), vaillant cultivateur à gages : "Jamais, raconte-t-il, aux jours ouvrables, je n'ai mangé sans motif sérieux autre chose que des légumes avec le jarret d'un jambon fumé. Mais s'il m'était arrivé un hôte longtemps attendu, si, libéré de mes travaux pendant la saison des pluies, j'avais un voisin pour aimable convive, nous nous régalions, non point avec des poissons apportés de la ville, mais avec un poulet et un chevreau ; puis du raisin suspendu, des noix, des figues coupées en deux fournissaient le second service. Après cela, c'était un jeu de boire sans autre maître du festin que les fautes commises ; et les libations à Cérès, pour obtenir qu'elle dressât ses épis, déridaient les fronts contractés par les soucis.

(1) On avait arpenté les terres appartenant à Ofellus pour les distribuer aux vétérans.

Horace, Satires, II, 2, v.112-125


Les repas de tous les jours : leur déroulement chez les Romains