Simplicité mais abondance...

La villa de notre ami Faustinus, à Baïes, n'a point de rangées de myrtes improductifs, de platanes stériles ou de buis bien tondus ; elle n'occupe pas une vaste étendue de terrain sans rapport ; c'est la campagne vraie et rustique qui la réjouit. Là, dans chaque coin, le blé s'amoncelle, et plus d'une jarre exhale le parfum des vieux automnes. [...] De tous côtés se promène dans les ordures le peuple de la basse-cour : l'oie aux cris perçants, les paons constellés et l'oiseau qui doit son nom à la couleur feu de ses ailes (= le flamant), et la perdrix bigarrée et les poules de Numidie tachetées et le faisan de l'impie Colchide. Les coqs orgueilleux couvrent leurs femelles rhodiennes, et les pigeonniers retentissent des battements d'ailes des colombes ; d'un côté gémit le ramier, de l'autre la tourterelle blanche comme cire. Les porcelets avides suivent le tablier de la fermière et le tendre agneau attend les mamelles gonflées de sa mère. [...] Ici, on tend d'artificieux lacets aux grives gourmandes, ou on amène au bout de sa ligne tremblante le poisson qu'on a pris, ou l'on rapporte au logis la biche qui s'est empêtrée dans les rets. [...] Le paysan ne vient pas rendre ses devoirs au maître les mains vides : l'un apporte du miel blanc en rayons et un fromage conique du pays boisé de Sassina, l'autre offre des loirs amis du sommeil, cet autre amène le produit bêlant d'une mère aux longs poils, ce dernier enfin, des chapons forcés à ignorer l'amour. Les grandes filles des honnêtes cultivateurs présentent dans des paniers d'osier les cadeaux de leurs mères.

Martial, Épigrammes, III, 58


Les repas de tous les jours : leur déroulement chez les Romains