Portrait de Socrate

"Pour ce qu'est ce bonhomme-ci, et à quel point il est déroutant aussi bien dans sa personne que dans ses propos, impossible de rien trouver qui s'en rapproche ; on peut chercher, et parmi les gens d'aujourd'hui, et parmi ceux du passé ! À moins que d'aventure on n'en découvre une image chez ceux que j'ai dits : non pas chez les hommes, mais chez les silènes et les satyres ; et aussi bien pour la personne que pour les propos. Car c'est, voyez-vous, une chose encore que j'ai laissé passer dans ce que j'ai dit au commencement : ses discours sont on ne peut plus semblables aux silènes qui s'entr'ouvrent. Qu'on veuille bien, en effet, écouter les discours de Socrate : à la première impression, on ne manquera pas sans doute de les trouver absolument ridicules. Tels sont les mots, les phrases qui en sont l'enveloppe extérieure, qu'en vérité on dirait la peau d'un insolent satyre ! Car il vous y parle d'ânes bâtés, de forgerons, de cordonniers, de corroyeurs ; il a toujours l'air de se répéter, dans ses expressions comme dans ses pensées ; si bien qu'il n'y a pas au monde d'ignorant ou d'imbécile qui ne fasse de ses discours un objet de dérision. Mais arrive-t-il qu'on les voie s'entr'ouvrir et qu'on en arrive à l'intérieur, alors on commencera de les trouver, dans le fond, pleins d'intelligence, et les seuls qui soient tels ; puis divins au possible, pleins eux-mêmes du plus grand nombre possible d'images d'excellence, et tendant le plus haut possible, tendant, pour mieux dire, à tout ce qu'il convient d'avoir en vue quand on doit devenir un homme d'honneur !"

Platon, Banquet, 221d-222a


Les repas de fête chez les Grecs