Un vieillard à qui le vin ne réussit pas

(c'est le serviteur qui parle)

Ne voilà-t-il pas que le vieux est décidément la plus pernicieuse des pestes, et des convives celui qui a de beaucoup le vin le plus mauvais. Pourtant il y avait là Hippyllos, Antiphon, Lycon, Lysistratos, Théophrastos, la bande à Phrynichos. De tous ces gens-là il était le plus déchaîné de beaucoup. Car dès qu'il se fut gorgé d'une foule de bonnes choses, il se mit à danser, sauter, péter, se moquer, comme un baudet repu d'orge grillée, et à me battre avec une vigueur juvénile en criant : "gars, gars" (1). En le voyant, Lysistratos fit cette comparaison : "Tu ressembles, vieux, à un "nouveau riche" phrygien (2) ou à un baudet échappé dans la paille". Lui, vociférant, le compare à son tour à une sauterelle qui a perdu les feuilles de son manteau. [...] Il les insultait l'un après l'autre avec des railleries grossières et en débitant par là-dessus des histoires ineptes sans le moindre à-propos. Et une fois enivré, il rentre à la maison en frappant tous ceux qu'il rencontre. Tenez, le voici justement qui s'approche d'un pas chancelant. Moi, je me sauve avant de recevoir des coups.

(1) jeu de mot : en grec "gars, enfant" se dit "paï" à rapprocher du verbe païesthaï "être frappé" ; cf. en français "gars" et "gare !"

(2) c'est-à-dire à un esclave parvenu et mal-appris

Aristophane, Les Guêpes, v. 1299-1325


Les repas de fête chez les Grecs