Des femmes intempérantes

Un parent d'Euripide s'est introduit, déguisé en femme, dans un cercle de femmes, pendant les Thesmophories, fête réservée aux femmes ; celles-ci ont découvert la supercherie et veulent le brûler ; le parent a arraché son bébé des mains d'une femme.

La femme : Je ferai de toi un tison aujourd'hui.
Le parent : Allume, brûle. (À l'enfant) Toi, ôte vite ta robe crétoise et de ta mort, petit, accuse une seule femme, ta mère. (Il déshabille le prétendu enfant) Qu'est ceci ? La fillette est devenue une outre pleine de vin... et avec cela chaussée de persiques. O femmes si brûlantes, biberonnes fieffées, qui vous ingéniez à faire boisson de tout ; ô vous, le grand bonheur des cabaretiers, et notre fléau à nous ; fléau aussi pour les ustensiles et l'étoffe.

(Les femmes reviennent avec des fagots)

La femme : Mets-y beaucoup de fagots, Mania.
Le parent : Mets toujours. Mais toi, réponds-moi : ceci tu prétends l'avoir mis au monde ? [...]
La femme : Oui, par Artémis.
Le parent : De trois cotyles ? ou combien ? Dis.
La femme : Que m'as-tu fait ? Tu as dévêtu, impudent, mon enfant, si petiot !
Le parent : Si petiot ? Petit, par Zeus. Combien d'années a-t-il ? Trois conges (1) ou quatre ?
La femme : À peu près [...] ; mais rends-le.
Le parent : Non, par Apollon que voilà.
La femme : fort bien ! Alors nous allons te brûler.
Le parent : Parfaitement, brûlez ; mais celle-là sera égorgée tout à l'instant. (Il montre un couteau).
La femme : Non, en vérité, je t'en supplie. Mais fais de moi ce que tu voudras pour qu'il soit sauf.
Le parent : Tu es bonne mère de nature. Mais celle-ci n'en sera pas moins égorgée. (Il éventre l'outre)
La femme : Ah ! mon enfant ! Passe-moi le vase sacré, Mania, qu'au moins je recueille le sang de mon enfant.
Le parent : Tiens-le dessous ; je veux bien t'accorder cette grâce, la seule. (Dans le vase présenté, il verse du vin et pendant qu'elle boit le vase, il jette l'outre à terre)
La femme : Puisses-tu périr misérablement ! car tu es envieux et malveillant.

(1) le cotyle (1/3 de litre) et le conge (3 l.1/4) sont des mesures de capacité.

Aristophane, Thesmophories, v.729-757


Les repas de fête chez les Grecs