Quelle folie que la gloutonnerie !

Les exigences du corps sont minimes : il demande qu'on le garantisse du froid, qu'on lui donne des aliments pour apaiser sa faim et sa soif ; tout désir qui passe ces limites est un effet du vice non du besoin. Il est tout à fait superflu de fouiller le fond des océans, de se mettre des hécatombes d'animaux sur l'estomac, de faire venir du bout du monde les coquillages de contrées inconnues. Que les dieux et les déesses confondent ces insensés dont la gloutonnerie ne s'arrête pas aux limites de ce formidable empire ! Ils veulent qu'on prenne au-delà du Phase le gibier de leur fastueuse cuisine, et ne rougissent pas de s'approvisionner de volailles chez les Parthes à qui nous n'avons pas encore fait payer le mal qu'ils nous ont fait. Tout l'univers doit pourvoir aux caprices de leur palais blasé ; il faut leur envoyer, du bout de l'Océan, des mets que leur estomac, usé par une chère trop fine, sera presque incapable d'absorber. Ils vomissent pour manger, mangent pour vomir, et ne daignent même plus digérer ces festins qui ont mis à contribution la terre entière.

Sénèque, Consolation à Helvia, X, 2-3


Les repas de fête chez les Romains