Un parasite chapardeur

Il n'est ni misère, ni goinfrerie pareilles à celles de Santra. Quand, invité à un dîner de cérémonie, il y court après l'avoir convoité pendant tant de jours et de nuits, il demande trois fois des glandes de sanglier, quatre fois du filet, les deux cuisses du lièvre ainsi que ses deux épaules, et il ne rougit pas de faire un faux serment pour une grive ni de rafler les filaments blanchâtres des huîtres. Il souille sa serviette en y cachant des bouchées de gâteau ; là il enfouit aussi des raisins de conserve mêlés à quelques grains de grenade, avec la peau dégoûtante d'une cuisse de truie vidée de son hachis, une figue chassieuse et un bolet flasque. Mais lorsque sa serviette est près d'éclater sous la pression de mille larcins, il cache dans la tiédeur de sa poitrine des côtelettes déjà rongées et une tourterelle mutilée dont il a gloutonnement avalé la tête. Il ne voit pas de honte à ramasser, d'une main qui s'allonge, les reliefs et tous les débris dont les chiens n'ont pas voulu. Encore ce qui se mange n'est-il pas pour sa voracité un butin suffisant : il remplit derrière lui une bouteille de vin trempé d'eau. Après avoir gravi deux cents échelles pour monter ces provisions chez lui, il s'enferme à clef dans son galetas ; et notre glouton, le lendemain, va les vendre.

Martial, Épigrammes, VII, 20.


Les repas de fête chez les Romains