Les tavernes, lieux peu recommandables...

Lorsqu'il lui plaît d'aller, pour toute la nuit, retrouver les tavernes, un Syrophénicien, toujours humide d'amome, accourt au-devant de lui, un Syrophénicien, habitant de la porte Iduméenne, le salue, avec la cordialité d'un hôte, des noms de maître et de roi et, aussi, Cyané qui vient, court-vêtue, lui vendre une bouteille. Un homme indulgent me dira : "Nous en avons fait autant dans notre jeunesse." Soit, mais [...] les dérèglements honteux doivent être courts, il y a des fautes qu'on doit retrancher avec la première barbe. Garde ton indulgence pour les petits jeunes gens : mais Lateranus, dans les thermes, va droit aux coupes et aux enseignes peintes sur toile alors qu'il est mûr pour défendre militairement les fleuves d'Arménie et de Syrie et le Rhin et l'Hister. [..] Envoie-le, envoie-le à Ostie, César ; mais cherche ton légat dans un grand cabaret. Tu le trouveras couché côte à côte avec quelque sicaire, pêle-mêle avec des matelots, des voleurs et des esclaves fugitifs, parmi des bourreaux et des fabricants de brancards funéraires et les tambourins muets d'un Galle étendu sur le dos. Là, liberté égale pour tous ; les coupes sont communes, le lit n'est différent pour personne, la table est pour tous à la même distance.

Juvénal, Satires, VIII, v.157-179


Tavernes, auberges et restaurants