L'horrible festin du cyclope

Il alluma du feu d'abord : d'un grand chêne, sur le large foyer, il jeta les tronçons [...], puis, au ras du sol, il dressa un lit d'aiguilles de sapin près de la flamme. Jusqu'au bord il emplit un cratère d'environ dix amphores du lait blanc qu'il y versait, après avoir trait ses génisses. Et près de lui il plaça une coupe de lierre, large de trois coudées, profonde de quatre, à en juger par la vue. Il mit aussi au feu un chaudron de bronze ; il apprêta des broches. [...] Quand tout fut prêt, le maudit des dieux, l'infernal cuisinier empoigna ensemble deux de mes compagnons : non sans méthode il égorgea l'un sur la panse de bronze du chaudron ; l'autre, le saisissant au bout du pied par le talon, d'un choc contre la pointe aiguë d'un quartier de roc, il lui fit jaillir la cervelle. Puis, abattant les chairs d'un coutelas féroce, il les grilla au feu, tandis qu'au chaudron il jetait les membres à bouillir.

Euripide, Le Cyclope, v. 382-405


Les repas de fête chez les Grecs