Un autre horrible festin

(c'est un messager qui parle)

"O crime qu'aucune époque ne pourra croire et que niera la postérité. [...] Il (Atrée) se met en toute tranquillité à préparer le festin de son frère : lui-même découpe le corps, sépare les membres, ampute jusqu'au tronc les larges épaules et les attaches des bras, dénude sans pitié les articulations et retranche les os ; il ne conserve que les visages et les mains [...] Des viscères sont fixées sur des broches et, cuites à petit feu, sont toutes dégoulinantes, d'autres l'eau bouillante les fait danser dans le chaudron brûlant. [...] Les foies grincent sur les broches et il me serait difficile de dire qui des corps ou des flammes ont gémi le plus. Le feu s'en va en une fumée semblable à de la poix ; et cette fumée elle-même, sombre et lourde nuée, ne sort pas droite et ne s'élève pas très haut : elle investit le coeur des pénates de ce hideux nuage. [...] Le père déchiquète ses fils et mâche de sa bouche sinistre sa propre chair ; sa chevelure, imbibée de flots de parfum brille et il est lourd de vin ; souvent son gosier s'est fermé et a retenu cette nourriture ; dans tes malheurs, Thyeste, tu as un seul bien, c'est de les ignorer.

Sénèque, Thyeste, v.754-784


Les repas de fête chez les Grecs