Un magnifique festin (2)

Nous mangions encore les hors-d'oeuvre qu'on nous servit un large plateau garni d'une corbeille qui contenait une poule de bois, les ailes largement arrondies, comme font les couveuses. Aussitôt, deux esclaves s'approchèrent, et aux accents aigus de la musique, ils se mirent à fureter dans la paille, d'où ils tirèrent des oeufs de paon qu'ils distribuèrent aux convives. À ce jeu de scène, Trimalcion se retourna : "Chers amis, dit-il, ce sont des oeufs de paon que j'ai fait couver par une poule. Et, par Hercule, j'ai bien peur qu'ils ne soient déjà couvis. Essayons pourtant s'ils se laissent encore avaler." Nous recevons alors des cuillères pesant une bonne demi-livre, et nous trouons nos oeufs qui étaient faits en pâtisserie. Pour moi, je faillis bien rejeter ma part, car il me semblait que le poussin était déjà formé. Mais j'entendis un vieil habitué dire : "Il doit y avoir là-dedans je ne sais quoi de friand" ; aussi, j'explorai la coquille avec la main, et j'y trouvai un becfigue des plus gras entouré de jaune d'oeuf au poivre.

Pétrone, Satiricon, XXXIII


Les repas de fête chez les Romains