Un magnifique festin, (5)

Voici que soudain le plafond s'ouvre, et l'on en voit descendre un immense cerceau, enlevé selon toute vraisemblance à quelque énorme barrique, qui portait suspendus dans tout son contour des couronnes dorées avec des flacons de parfums. Tandis qu'on nous prie d'emporter ces cadeaux, je tourne mes regards vers la table. Déjà on y avait servi un plat garni de plusieurs gâteaux : au centre se dressait un Priape, en pièce montée qui, selon l'usage ordinaire, portait dans son giron assez ample des fruits et des raisins de toute sorte. Nous portons une main gourmande vers ce magnifique appareil et aussitôt une nouvelle série de surprises vint ranimer la gaieté. Tous les gâteaux et tous les fruits se mirent, au moindre attouchement, à lancer de l'eau de safran, dont le jet désagréable nous arrosait jusqu'au visage. Persuadés qu'un plat présenté dans un décor aussi religieux avait je ne sais quoi de sacré, nous nous levons tous, et souhaitons : "Heureuse vie à Auguste, père de la patrie ! " Cependant, comme certains convives, même après cette prière, faisaient main basse sur les fruits, nous en emplîmes nos serviettes à leur exemple...

Pétrone, Satiricon, LX


Les repas de fête chez les Romains