Un repas détestable

Cæcilius est l'Atrée des citrouilles : il les tranche et les met en mille morceaux comme s'il s'agissait des fils de Thyeste. Tu en mangeras tout de suite parmi les hors-d'oeuvre, on t'en apportera au premier et au second service, on t'en servira encore au troisième, on t'en présentera à la fin comme dessert. C'est avec des citrouilles que le pâtissier fait des gâteaux insipides, qu'il monte des pièces variées, qu'il confectionne des dattes du genre de celles que connaissent bien les théâtres (1). C'est d'elles que son cuisinier tire les éléments divers de son ragoût, si bien que tu croirais voir devant toi des lentilles et des fèves ; c'est avec elles qu'il fait des imitations de bolets et de boudin, et de la queue de thon, et de minces éperlans. C'est sur elles que le maître d'hôtel fait l'essai de son habileté, pour parvenir le coquin! grâce à ses arômes variés, à envelopper des friandises de Capellius (2) dans une feuille de rue. C'est ainsi que Cæcilius emplit ses jattes, ses plats longs, ses saucières au métal poli et sa vaisselle creuse. Il y a, à ses yeux, de la magnificence, il y a de l'élégance à ne dépenser qu'un as pour tant de plats.

(1) Peut-être parce qu'on en faisait une distribution gratuite aux spectateurs
(2) Le maître d'hôtel sait, par d'habiles pratiques, donner à des citrouilles le goût des spécialités renommées de cet illustre traiteur.

Martial, Épigrammes, XI, 31


Les repas de fête chez les Romains