Un roi de banquet impudent

Pendant les fêtes de Saturne, entre autres amusements avec les jeunes gens de leur âge, on jouait à tirer au sort la royauté, et elle était échue à Néron. Celui-ci avait donné à tous les autres des ordres divers, mais dont l'exécution n'avait rien qui pût les faire rougir ; arrivé à Britannicus, il lui commande de se lever, de s'avancer au milieu de la salle et de se mettre à chanter quelque chose, espérant faire rire aux dépens d'un enfant étranger aux festins les plus sobres et à plus forte raison aux orgies. Mais celui-ci, sans se déconcerter, entonna un chant dont le sens était qu'il avait été précipité du trône paternel et du rang suprême. Ces vers excitèrent un attendrissement d'autant plus sensible que la nuit et le laisser-aller avaient banni la feinte. Néron comprit qu'il s'était rendu odieux et sa haine en fut accrue.

Tacite, Annales, XIII, 15


Les repas de fête chez les Romains