Un intermède pendant le repas

Enfin, les équilibristes firent leur entrée. Un lourdaud tout à fait insipide vint se camper avec une échelle, et commanda à un jeune garçon d'en grimper tous les échelons en chantant et en dansant ; il le fit ensuite passer à travers des cercles enflammés, et tenir une amphore avec les dents. Trimalcion était le seul qui admirât ces pauvretés ; le métier était bien ingrat, disait-il ; du reste, il n'y avait que deux choses au monde qu'il eût plaisir à voir : les équilibristes et les sonneurs de cor ; [...] il en était là de son discours quand l'enfant vint tomber juste sur son lit. Ce ne fut qu'un cri dans toute la valetaille et parmi les convives, non pas tant à cause de ce puant bonhomme, car chacun eût été ravi qu'il se rompît le cou, mais tous craignaient de voir le repas mal finir et d'être réduits à pleurer un mort qui ne lui était rien.

Pétrone, Satiricon, 53-54

Un autre intermède

Soudain entrèrent deux esclaves, qui semblaient s'être pris de querelle à la fontaine ; du moins avaient-ils encore les cruches à leur cou. Trimalcion voulant trancher leur différend, ni l'un ni l'autre n'accepta l'arrêt de leur juge, mais chacun frappa de son bâton la cruche de son adversaire. Stupéfaits de l'insolence de ces ivrognes, nous jetâmes les yeux sur le spectacle qu'offrait leur bataille, et nous vîmes s'échapper de la panse des amphores des huîtres et des pétoncles, qu'un esclave recueillit sur un plat et nous servit à la ronde. L'ingénieux cuisinier voulut être à la hauteur de ces gentillesses et, sur un gril d'argent, il nous apporta des escargots, tout en chantant d'une voix qui chevrotait épouvantablement.

Pétrone, Satiricon, 70


Les repas de fête chez les Romains