Piètre fin de festin...

Trimalcion [...] se tourna vers son mignon, qu'il appelait Crésus. C'était un garçon chassieux, aux dents immondes, occupé pour lors à emmailloter dans une écharpe verte une petite chienne noire et indécemment grasse à qui, malgré ses refus et ses nausées, il faisait avaler la moitié d'un pain posé sur son oreiller. Ce manège inspira à Trimalcion l'idée de faire amener Scylax "gardien de la maison et de ses habitants". Sans retard on amena un chien d'une taille énorme, attaché par une chaîne qui, averti par un coup de pied du portier d'avoir à se coucher, vint s'étendre devant la table. Trimalcion lui jeta un pain blanc : "Personne, dit-il, dans ma maison ne m'aime plus que lui." Crésus, piqué des louanges prodiguées à Scylax, dépose sa petite chienne à terre, et l'excite aussitôt au combat. Scylax, n'écoutant que son naturel de chien, emplit la salle à manger d'abois épouvantables et mit en pièces, ou peu s'en faut, la Perle de Crésus. La bagarre ne se borna pas à cette bataille, mais un candélabre, renversé sur la table, brisa tous les vases de cristal et même arrosa d'huile brûlante quelques-uns des convives. Ne voulant pas paraître affecté de cette perte, Trimalcion baisa l'enfant et lui dit de grimper sur son dos. L'autre aussitôt enfourcha sa monture et de son poing fermé frappa sur ses épaules à coups redoublés en criant au milieu des rires : "Buca, bucca".

Pétrone, Satiricon, 64


Les repas de fête chez les Romains