Repas chez un riche parvenu

Il s'étale, vêtu de vert-clair, sur un lit qu'il garnit à lui seul et, de ses coudes, il bouscule encore ses convives de droite et de gauche, vautré lui-même sur la pourpre et les coussins de soie. Un mignon se tient près de lui et présente à ses rots des plumes rouges et des épines de lentisque. Quand il a chaud, une concubine, étendue sur le dos, lui souffle une brise légère avec un éventail vert, et un jeune garçon écarte de lui les mouches avec un rameau de myrte. [...] Lui-même, se courbant en arrière vers la foule des domestiques qui se tiennent à ses pieds, au milieu de ses chiennes en train de se gaver de boyaux d'oie, il distribue des glandes de sanglier à ses gymnastes et donne à son mignon un croupion de tourterelle. Et tandis qu'on nous sert le cru des rochers de la Ligurie ou le vin doux cuit dans les fumées de Marseille, il boit à la santé de ses bouffons un nectar de l'année d'Opimius (1) dans des coupes de cristal et des vases murrhins (2). [...] Ensuite, succombant à l'ingestion de tant de demi-setiers, il ronfle ; nous, nous restons à table et, invités à respecter ses ronflements par notre silence, nous nous portons mutuellement des santés par gestes. Telles sont les insolences que nous avons à endurer de la part de ce dégoûtant Malchion.

(1) consul en 121 ; donc, un vin fort vieux.
(2) vases précieux qui venaient d'Orient ; peut-être des porcelaines de Chine, peut-être de l'agate.

Martial, Épigrammes, 82


Les repas de fête chez les Romains