Des spectacles bien peu conformes à la morale...

Peut-être t'attends-tu à voir des filles de Gadès prendre leurs poses excitantes au son de la musique et, encouragées par les applaudissements, s'affaisser jusqu'à terre en jouant de la croupe. Ces spectacles, de jeunes femmes les regardent aux côtés de leurs maris : on aurait honte, pourtant, de les décrire en leur présence. Voilà ce qui ranime les désirs languissants, ce qui fouette âprement nos riches. Plus vif encore, toutefois, est le plaisir chez l'autre sexe qui vibre davantage et bientôt la volupté, conçue par les oreilles et par les yeux, ne se contient plus. Ces divertissements ne conviennent pas à mon humble demeure. Ce crépitement de castagnettes, ces paroles dont rougirait de se servir l'esclave qui se tient toute nue dans le lupanar fétide, ces cris obscènes, ces débauches raffinées, libre à celui-là d'en jouir qui souille de ses vomissements des mosaïques lacédémoniennes. Nous pardonnons ces goûts-là à la fortune. Le jeu et l'adultère ne sont choses honteuses que chez les petites gens ; quand ce sont les riches qui s'y livrent, ils deviennent choses plaisantes et de bon ton.

Juvénal, Satires, XI, v. 161-179


Les repas de fête chez les Romains