Aphrodite et Anchise

Aphrodite s'apprête à séduire Anchise

Elle s'en fut à Chypre, pénétra dans son temple odorant, à Paphos. [...] C'est là que les Charites la baignèrent et la frottèrent avec l'huile immortelle qui se voit sur les Dieux toujours vivants, cette douce liqueur d'immortalité qu'on avait parfumée pour elle. Après avoir mis autour de son corps tous ses plus beaux vêtements, parée d'or, Aphrodite la Souriante quitta l'odorante Chypre pour s'élancer vers Troie, en faisant route rapidement dans les hauteurs du ciel, au milieu des nuées.

Elle atteignit l'Ida aux mille sources, la montagne Mère des Fauves, et la traversa pour aller droit vers le campement : derrière elle marchaient en la flattant les loups gris, les lions au poil fauve, les ours et les panthères rapides, insatiables de faons : à leur vue elle se réjouit de tout son coeur et jeta le désir en leurs poitrines ; alors ils allèrent tous à la fois s'accoupler dans l'ombre des vallons.

Homère, Hymne à Aphrodite I, v.58-74

Aphrodite devant Anchise

Elle vint se dresser devant lui Aphrodite, la fille de Zeus ! en prenant l'apparence et la taille d'une vierge ignorante du joug, afin qu'il n'eût point peur en l'apercevant de ses yeux. Émerveillé, Anchise observait sa noble apparence, sa taille et l'éclat de ses vêtements. Elle était en effet vêtue d'un manteau plus brillant que la flamme du feu ; [...] de magnifiques colliers tout en or ciselé entouraient son cou délicat ; avec l'éclat de la lune, sa tendre gorge luisait pour l'émerveillement des yeux. Le désir s'empara d'Anchise...

(Aphrodite prétend n'être qu'une simple vierge mortelle, Troyenne de surcroît)

À ces mots il s'empara de sa main ; Aphrodite la Souriante détournait la tête, et baissait ses beaux yeux en s'avançant vers la couche bien garnie : on y voyait étendues, pour le repos du prince, des couvertures moelleuses et, sur le dessus, il y avait des peaux d'ours et de lions rugissants qu'il avait tués de sa main sur les hautes montagnes. Quand ils furent montés sur le lit bien construit, il enleva d'abord du beau corps d'Aphrodite sa parure brillante broches, spirales courbes, fleurs et colliers ; il dénoua sa ceinture (oui, Anchise ! ), et lui ôta sa robe éclatante qu'il déposa sur un siège à clous d'argent. Ensuite, selon la volonté et le dessein des Dieux, le mortel dormit aux côtés de l'Immortelle, sans le savoir vraiment.

Homère, Hymne à Aphrodite I, v. 890 et 155-167

Au réveil, la déclaration et la prophétie d'Aphrodite

Après avoir mis toutes ses parures autour de son corps, la divine déesse se dressa dans le refuge et sa tête toucha le faîte de la salle bien construite : sur ses joues brillait une beauté immortelle comme on voit Cythérée Couronnée. Elle l'éveilla de son sommeil et lui dit ces mots en s'exprimant ainsi : «Debout, fils de Dardanos ! Pourquoi dors-tu d'un sommeil si profond ? Dis-moi donc si je te semble telle que tu m'as d'abord aperçue de tes yeux ? »

Elle parlait ainsi ; il se hâta de sortir de son sommeil pour lui obéir ; mais lorsqu'il vit le col et les beaux yeux d'Aphrodite, il eut peur ; détournant ses regards, il les porta ailleurs. Sous les couvertures il cacha son beau visage et lui dit, d'une voix suppliante, ces paroles ailées : «Tout de suite, dès que mes yeux t'ont vue, Déesse, j'ai reconnu ta divinité ; mais toi, tu ne m'as pas parlé avec franchise. Ah ! je t'en prie par tes genoux, au nom de Zeus qui porte l'égide, ne me laisse pas vivre impuissant au milieu des autres hommes ; aie plutôt pitié de moi, car il ne voit point fleurir sa vie l'homme qui dort auprès des Déesses immortelles ! »

Ensuite, Aphrodite, fille de Zeus lui répondit : «Anchise, le plus illustre des hommes mortels, rassure-toi, et que ton esprit ne s'effraie pas outre mesure : tu n'as aucun mal à craindre de moi, ni des autres bienheureux ; car les dieux t'aiment. Tu auras un fils, qui régnera sur Troie, et toujours des enfants naîtront à ses enfants. Énée sera son nom. [...] Sitôt qu'il verra la lumière du soleil, ce fils aura pour nourrices des Nymphes montagnardes à l'ample poitrine celles qui habitent cette grande et divine montagne.[...] Pour moi, je reviendrai dans quatre ans te voir avec l'enfant ; [...] dès que tu le verras de tes yeux ce jeune être florissant, tu te réjouiras à sa vue car il ressemblera tout à fait à un Dieu et tu l'emmèneras aussitôt dans la venteuse Troie. Si quelque homme mortel te demande le nom de la mère qui a porté ce fils sous sa ceinture, n'oublie pas de lui raconter, comme je te l'ordonne : «On dit qu'il est l'enfant d'une Nymphe fraîche comme rose, de celles qui habitent cette montagne revêtue de forêts». Mais si tu révèles tout, et te vantes follement de t'être unie d'amour à Cythérée Couronnée, Zeus, dans sa colère, te frappera de sa foudre fumante. Tu as tout entendu : songe bien à garder le secret en toi-même, sans me nommer ; redoute plutôt la colère divine;»

En parlant ainsi, elle s'élança vers le ciel battu des vents.

Homère, Hymne à Aphrodite I, v.170-291 passim.



Aphrodite