Colère d'Aphrodite contre Hippolyte

(Aphrodite) « Grand et fameux, mon nom l'est parmi les mortels comme au ciel : je suis la déesse Cypris. Ceux qui entre le Pont et les bornes d'Atlas ont leur séjour et voient la clarté du soleil, s'ils révèrent ma puissance, je les mets en honneur ; mais je les abats quand ils nous traitent avec superbe. Car c'est un sentiment que connaît aussi la race des dieux : ils prennent plaisir aux hommages des hommes.

Je ferai voir la vérité de mes paroles, et bientôt. Le fils de Thésée, l'enfant de l'Amazone, Hippolyte, le nourrisson du chaste Pitthée, seul entre les citoyens de cette terre de Trézène, m'appelle la plus détestable des divinités : il se refuse à l'amour et s'abstient de l'hymen. [...] Les torts qu'il a eus envers moi, j'en châtierai Hippolyte aujourd'hui même. La plus grande part de mon plan est depuis longtemps prête ; il ne me faut plus grand effort. Un jour [...] la noble épouse de son père, Phèdre, le vit, et son coeur fut saisi d'un violent amour : ainsi le voulaient mes desseins. [...] Depuis lors, gémissante, éperdue sous l'aiguillon de l'amour, l'infortunée se meurt en silence et nul parmi ses gens ne connaît son mal. Mais ce n'est pas ainsi que cet amour doit finir : je ferai une révélation à Thésée, elle éclatera au grand jour. Et le jouvenceau qui nous fait la guerre périra victime des imprécations paternelles.»

Euripide, Hippolyte, v.1-45 passim



Aphrodite