La jalousie d'Aphrodite

(Psyché, en raison de son extraordinaire beauté, est adorée comme une nouvelle déesse ).

Cet extravagant transfert des honneurs célestes au culte d'une mortelle enflamme d'une violente colère la véritable Vénus (= Aphrodite). Elle ne peut contenir son indignation : elle secoue la tête en frémissant jusqu'au fond de son être et se tient à elle-même ce langage : «Ainsi, moi, mère antique de la nature, origine première des éléments, nourricière de l'univers, on me réduit à cette condition de partager avec une mortelle les honneurs dus à ma majesté, et mon nom, consacré dans le ciel, est profané par le contact des souillures terrestres. Apparemment, il me faudra, dans l'équivoque communauté des hommages rendus à mon nom, voir l'adoration me confondre avec une remplaçante , et celle qui, partout, présentera mon image, c'est une fille promise à la mort. [...] Mais elle ne se réjouira pas longtemps, quelle qu'elle soit, d'avoir usurpé mes honneurs ; je saurai, de cette beauté même à laquelle elle n'a point droit, faire en sorte qu'elle se repente.»

Et elle appelle sur-le-champ son fils, l'enfant ailé, ce mauvais garnement. [...] Bien qu'effronté déjà par sa naturelle friponnerie, elle l'excite encore par ses discours, [...] présente à ses yeux Psyché [...], lui fait tout le récit de cette rivalité de beauté ; enfin, gémissante et frémissante d'indignation : «Je t'en conjure, dit-elle, par les liens de l'amour maternel, par les douces blessures de tes flèches, par les délicieuses brûlures de la torche que tu portes, venge celle qui t'a donné le jour, mais venge-la pleinement, et châtie sans pitié cette beauté rebelle. Consens seulement et cela seul me tiendra lieu de tout à faire en sorte que cette vierge s'éprenne d'un ardent amour pour le dernier des hommes, un homme que, dans son rang, son patrimoine et sa personne même, la fortune ait maudit, si abject en un mot que, dans le monde entier, il ne trouve pas son pareil en misère.

Apulée, Métamorphoses, IV, 30-31



Aphrodite