Aphrodite et Adonis

Le voilà maintenant un jeune homme, le voilà un homme et voilà que, par sa beauté, il se surpasse lui-même ; voilà qu'il charme jusqu'à Vénus (Aphrodite) et qu'il se venge sur elle de la passion inspirée à sa mère. Car, en donnant un baiser à Vénus, le petit dieu armé du carquois a effleuré, sans le savoir, avec le roseau d'une flèche qui dépassait le bord, la poitrine maternelle ; la déesse, se sentant blessée, a repoussé son fils ; mais le coup avait porté plus loin qu'il ne semblait et elle-même s'y était trompée tout d'abord. Séduite par la beauté du jeune homme, elle oublie les rivages de Cythère ; elle cesse de fréquenter Paphos, qu'environne une mer profonde, Cnide la poissonneuse, ou Amathonte féconde en métaux. Elle ne se montre même plus dans le ciel : au ciel elle préfère Adonis. Elle s'attache à ses pas ; elle l'accompagne partout ; elle qui avait toujours été habituée à goûter un doux repos sous les ombrages et à rehausser sa beauté par la parure, elle erre çà et là à travers les montagnes...

Ovide, Métamorphoses, X, v. 523-535



Aphrodite