Douleur d'Aphrodite à la mort d'Adonis

Portée à travers les airs sur son char léger, la déesse de Cythère n'était pas encore parvenue à Chypre, où la conduisaient les ailes de ses cygnes, lorsqu'elle reconnut de loin les plaintes du mourant et ramena vers lui les blancs oiseaux ; du haut des airs elle l'aperçoit, privé de connaissance, se roulant dans son propre sang ; aussitôt elle saute à terre, elle arrache les voiles de son sein, elle arrache ses cheveux et se meurtrit la poitrine de ses mains si peu faites pour ce rôle, accusant les destins : «Non, dit-elle, tout ne sera pas pourtant soumis à votre loi, il subsistera à jamais un souvenir de ma douleur, ô mon Adonis ; la scène de ta mort, périodiquement représentée, rappellera chaque année mes lamentations, et puis ton sang sera changé en une fleur. [...] À ces mots, elle répand sur le sang du jeune homme un nectar embaumé ; [...] il ne s'est pas écoulé plus d'une heure que de ce sang naît une fleur de même couleur, semblable à celle du grenadier, qui cache ses graines sous une souple écorce ; mais on ne peut en jouir longtemps ; car, mal fixée et trop légère, elle tombe, détachée par celui qui lui donne son nom, le vent.

Ovide, Métamorphoses, X, v.717-739



Aphrodite