L'histoire des Lemniennes

C'est là que toute la population mâle à la fois, par le criminel forfait des femmes, avait été massacrée sans pitié l'année précédente. Les hommes, en effet, avaient répudié leurs femmes légitimes qu'ils avaient prises en haine ; au contraire, ils éprouvaient un violent amour pour les captives qu'ils ramenaient eux-mêmes de leurs pillages en Thrace, sur la côte opposée ; c'est la terrible colère de Cypris qui les poursuivait, parce qu'ils ne l'avaient pas honorée d'offrandes depuis longtemps. Ô malheureuses, tristes victimes d'une insatiable jalousie ! Non contentes de tuer avec ces captives leurs maris dans leur lit, elles détruisirent en même temps tout le sexe mâle pour n'être pas châtiées plus tard de leur crime atroce. Seule entre toutes, elle épargna son vieux père, Hypsipylé, fille de Thoas qui régnait sur le pays : au creux d'un coffre, elle l'abandonna sur la mer, à la dérive, pour lui laisser une chance de salut ; des pêcheurs le ramenèrent sur l'île autrefois Oinoié et plus tard Sikinos.

Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, v. 609-625



Aphrodite