Trois déesses sur le mont Ida

(c'est Pâris qui parle)

Il est, au milieu des vallons de l'Ida boisé, un lieu écarté, touffu de sapins et d'yeuses, que ne broutent ni la brebis paisible, ni la chèvre amante des rochers, ni le boeuf alenti au large mufle. De là, ayant grimpé sur un arbre, je contemplais les murs de la ville de Dardanus et ses toits altiers et la mer. Voici que le sol me parut ébranlé par des pas qui le foulent et je dirai la vérité qui n'aura guère l'apparence du vrai devant mes yeux s'arrêta, porté par des ailes rapides, le petit-fils du grand Atlas ; [...] dans les doigts du dieu était la verge d'or. Puis trois déesses en même temps, Vénus et Junon avec Pallas, posèrent sur le gazon leurs pieds délicats. Interdit, l'effroi glacial avait hérissé ma chevelure quand le messager ailé : «Bannis la crainte, me dit-il. Tu es l'arbitre de la beauté ; mets fin au débat des déesses : laquelle, par sa beauté, est digne de vaincre les deux autres ?» De peur que je refuse, il commande au nom de Jupiter et soudain s'élève vers les astres par la route éthérée. Mon esprit se raffermit ; une subite audace me vint et mes yeux ne redoutèrent point d'examiner chacune d'elles.

Toutes étaient dignes de vaincre, et moi, leur juge, je regrettais qu'elles ne pussent toutes gagner leur cause. Pourtant l'une d'elles me plaisait davantage, celle même, sache-le, qui inspire l'amour et donne un tel désir de vaincre.

Ovide, Héroïdes, XVI, v.53-79



Aphrodite