Aphrodite et Hélène

Elle ne s'en tient pas là : elle va appeler elle-même Hélène. Elle la rejoint sur le haut rempart ; des Troyennes en nombre l'entourent. La main de la déesse saisit et secoue un coin de son voile parfumé. [...] Aphrodite lui dit : «Viens avec moi : Alexandre t'invite à rentrer chez toi. Il est dans sa chambre, sur le lit fait au tour. Sa beauté luit autant que sa parure. Tu ne pourrais croire qu'il vient de livrer un combat singulier, mais plutôt qu'il se rend au bal, ou que, revenu à l'instant du bal, il se repose.»

Elle dit et émeut le coeur d'Hélène en sa poitrine. Elle a reconnu la gorge merveilleuse de la déesse, sa poitrine désirable, ses yeux de lumière et, saisie de stupeur, elle lui parle en l'appelant de tous ses noms : «Ah ! folle ! pourquoi ce besoin de me séduire ? Prétends-tu donc m'emmener plus loin encore, dans quelque bonne cité de la Phrygie ou de l'aimable Méonie, parce que, là aussi, tu as un favori parmi les mortels ? Alors, parce que Ménélas a aujourd'hui vaincu le divin Alexandre, et parce qu'il souhaite de ramener à son foyer la misérable que je suis, te voilà aujourd'hui encore à mes côtés, pleine de desseins perfides. Mais va donc t'installer chez lui ; abandonne les routes des dieux ; ne permets plus à tes pas de te ramener dans l'Olympe, et apprends à te tourmenter pour lui, à veiller sur lui sans répit, jusqu'au moment où il fera de toi sa femme, voire son esclave ! Non je n'irai pas on trouverait la chose trop mauvaise je n'irai pas là-bas préparer son lit. Les Troyennes désormais se railleraient toutes de moi, et j'ai déjà au coeur des peines infinies.»

La divine Aphrodite en courroux lui répond : «Ne me provoque pas, insolente, et prends garde que je ne me fâche et ne t'abandonne. Je t'aurai alors en haine autant qu'aujourd'hui je t'ai en prodigieuse affection. Je provoquerai des haines sinistres entre les deux peuples, troyen et danaen, et tu périras d'une mort cruelle.»

Elle dit ; la fille de Zeus, Hélène prend peur. elle met sur elle un voile d'un blanc éclatant, et s'en va en silence, sans être aperçue d'aucune Troyenne : la déesse guide ses pas.

Homère, Iliade, III, v.383-420



Aphrodite