Aphrodite blessée

Diomède poursuit Cypris d'un bronze impitoyable. Il la sait déesse sans force : elle n'est pas de ces divinités qui président aux combats humains . [...] Au moment même où, en la suivant à travers la foule innombrable, il arrive à la rejoindre, le fils de Tydée magnanime brusquement se fend et, dans un bond, accompagnant sa javeline aiguë, il la touche à l'extrémité du bras délicat. L'arme aussitôt va pénétrant la peau à travers la robe divine, ouvrée des Grâces elles-mêmes et, au-dessus du poignet de la déesse, jaillit son sang immortel : c'est l'«ichôr», tel qu'il coule aux veines des divinités bienheureuses : ne mangeant point de pain, ne buvant pas le vin aux sombres feux, elles n'ont point de sang et sont appelées immortelles. Alors, dans un grand cri, elle laisse choir son fils de ses bras. Phoebos Apollon le prend dans les siens et lui donne l'abri d'une vapeur sombre, dans la crainte qu'un Danaen aux prompts coursiers, en le frappant du bronze à la poitrine, ne lui vienne ravir la vie. [...] Elle part, éperdue. Sa peine est terrible. Iris aux pieds vites comme le vent la prend et l'emmène hors de la foule. Elle souffre mille douleurs et sa belle peau noircit.

(Aphrodite regagne l'Olympe grâce au char d'Arès et) sa mère essuie l'«ichôr» sur le bras. Le bras se cicatrise, les lourdes souffrances s'apaisent;

Homère, Iliade, V, v. 330-354 et 416-417



Aphrodite